Anne-Catherine Lebeau : Réunion soviétique
Scène

Anne-Catherine Lebeau : Réunion soviétique

Anne-Catherine Lebeau signe la mise en scène d’un texte d’Evgueni Grichkovets. Une façon pour elle de renouer avec la Russie…

C’est l’habituelle assistante d’Alexandre Marine qui a monté le monologue Comment j’ai mangé du chien, de Grichkovets, produit par le Théâtre Deuxième Réalité et présenté à la Balustrade du Monument national. Un texte qui met en scène les réflexions d’un homme sur son passé, notamment à l’époque de son service militaire. "Le récit du service militaire est très accessoire, explique Anne-Catherine Lebeau, dont la destinée voulait qu’elle se mesure à la Russie. L’auteur distingue la période de la jeune vingtaine, où l’on se construit une personnalité. Une période qui, si elle survient dans un environnement où il n’y a personne pour nous renvoyer notre propre image, se vit encore plus intensément."

Lebeau sait de quoi elle parle. À 19 ans, la future traductrice partait en Russie pour deux mois afin d’améliorer sa pratique de la langue. Elle se retrouvera pourtant aux auditions du réputé Théâtre d’Art de Moscou, qui offre à la jeune Québécoise une formation de quatre ans. "Moi qui ne rêvais que de reprendre l’avion vers Montréal, je me suis retrouvée dans une aventure marquante. C’est très confrontant de ne plus avoir tes parents et tes amis pour te donner une définition de toi-même. À ton retour, tu en viens à te demander qui tu es, cette fille qu’ils attendaient, cette fille que tu croyais être ou celle que tu crois être devenue." La pièce de Grichkovets a donc trouvé un fort écho chez la traductrice nouvellement metteure en scène. "Après l’avoir traduite, je ne voulais plus la donner à personne", relate en riant Lebeau, qui avoue éprouver ce sentiment pour la toute première fois en traduisant un texte.

La transposition s’arrête pourtant là, Lebeau misant sur l’universalité du particulier. "Entendre le récit de l’enfance de quelqu’un nous renvoie à notre propre enfance. On parle ici de pays qui enferment toute une génération de jeunes hommes dans un système d’humiliation constante. L’acteur ukrainien Sacha Samar (que l’on retrouvera seul sur scène) a connu le service militaire obligatoire. Même si cette réflexion n’est pas la pièce maîtresse du texte, il était important que nous en parlions longuement."

Le choix scénique de Lebeau reste simple: raconter. "Sacha est en contact direct avec le public. Mais je tenais à ajouter un pouvoir d’évocation par une certaine théâtralité. Les mots de Grichkovets n’ont pas ici la même portée que lorsque ce texte est dit en Russie. Le service militaire est un bon exemple de concept un peu galvaudé ici. Ou encore l’idée de prendre un train. Le train en Russie est un enfer, alors qu’ici, il a presque une connotation romantique. Le seul conteur ne suffisait donc pas."

Anne-Catherine Lebeau traductrice profite donc de l’aventure. "J’ai découvert que certains mots peuvent colorer le personnage plus que je ne l’avais imaginé. Par exemple, si un personnage pousse des jurons en russe et que je traduis pour le Québec, je devrais pouvoir le faire sacrer en québécois. Or, je découvre que faire dire "putain" au lieu de "osti" par exemple, maintient le personnage dans une culture qui nous est étrangère et sert la pièce d’une nouvelle façon. Aussi, je dois découvrir comment transmettre dans ce texte ma compréhension de ce personnage et son humour. Comment traduire l’humour russe sans en perdre la spécificité?"

Aucun doute: Lebeau laisse entrevoir une piqûre pour la mise en scène. "C’est la première fois qu’une de mes idées devient un organisme vivant qui évolue de façon autonome! J’avoue que j’imagine maintenant des images scéniques à l’écoute de certaines musiques…" On parie sur un virage?

Dès le 7 septembre

À la Balustrade du Monument national

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