Charmaine LeBlanc : Corps médical
Scène

Charmaine LeBlanc : Corps médical

Charmaine LeBlanc est l’une des conceptrices de Quarantaine, la pièce multidisciplinaire qui ouvre la saison de Danse-Cité et du Studio de l’Agora. Entretien.

Quarantaine s’inscrit à l’intérieur de la série "Traces-hors-sentiers", que la compagnie Danse-Cité a mise sur pied afin de favoriser le travail artistique entre les danseurs et les artistes oeuvrant dans des disciplines situées en périphérie du milieu de la danse. La compositrice et musicienne Charmaine LeBlanc – qui partage l’autorité du projet avec l’artiste en arts visuels Alain Cadieux – a bien voulu nous glisser quelques mots sur le projet.

"Tout le monde nous parle du titre de la pièce. Quarantaine, est-ce que ça veut dire la période de la vie entre 30 et 50 ans ou la mise en quarantaine médicale? Peut-être un peu des deux, m’explique-t-elle. Cette pièce fait sans aucun doute référence à l’isolement, mais cela a plus à voir avec un lieu d’introspection qu’avec une salle d’isolation bactérienne." S’il y a un rapport métaphorique à faire avec le médical, c’est cette chirurgie par l’image, cette découpe du réel qui sera opérée sur le corps des danseuses afin de mettre en relief des parcelles vidéographiques nous donnant accès à l’intimité de chacune. Cela à travers une scénographie élaborée par Alain Cadieux.

"Ce qui est fantastique, poursuit Charmaine LeBlanc, c’est que tout est en direct. Les captations vidéo projetées sur scène, la musique interprétée par le violoncelliste Érich Kory et le pianiste Michel Desjardins, ainsi que les voix des quatre danseuses; rien n’est préenregistré. Ça donne accès à un engagement plus total de l’artiste sur scène… mais aussi à une fragilité qui rend le propos plus humain." Pour appuyer ceci, la compositrice confie que les interprètes AnneBruce Falconer, Jane Mappin, Mathilde Monnard et Carol Prieur, participant à cette création, n’avaient jamais été aussi loin dans le travail du texte et de la voix sur scène. L’état de vulnérabilité qui pourrait les hanter le soir de la première est d’autant plus crédible, quand on sait que plusieurs des artistes qui évoluent dans le milieu de la danse ont choisi le silence intérieur du mouvement, parce que le chaos compromettant de ce qui pourrait surgir de derrière la parole s’avère contraignant.

"L’aspect gigantesque des projections donne sûrement un aspect très voyeuriste au spectacle. Mais ce que nous exposons n’est pas tant le corps lui-même qu’une réflexion par rapport à celui-ci. Pendant le processus de création, nous nous sommes posé beaucoup de questions autour de la notion du corps vieillissant chez les artistes en danse. Tu sais, à l’approche de la quarantaine, plusieurs d’entre eux se font demander s’ils désirent arrêter bientôt. Pourtant, c’est à cette période de la vie que la plupart des interprètes commencent réellement à toucher à quelque chose de riche et personnel, parce qu’ils se connaissent mieux comme individu et comme artiste."

Sur les huit semaines accordées à la réalisation de l’œuvre, cinq ont servi à la recherche et trois seulement ont pu être allouées au montage des séquences et aux répétitions. Les deux créateurs et collaborateurs sont donc conscients qu’il s’agit d’une création possédant un grand potentiel d’émancipation que seul le temps pourra faire apparaître… lors d’une tournée européenne, par exemple, comme le prévoit Charmaine LeBlanc qui, affichant une confiance rayonnante, m’adressait cette dernière remarque: "Malgré le peu de temps dont nous avons disposé pour tout mettre en place, je trouve déjà que les interprètes sont solides et convaincantes. Je crois même que ce rush de dernière minute rajoute une touche de spontanéité à l’interprétation. C’est très touchant et sans fla-fla. Ça donne quelque chose d’une simplicité désarmante…"

Jusqu’au 11 septembre et du 15 au 18 septembre

Au Studio de l’Agora de la danse

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