

Chantons sous la pluie : La pluie et le beau temps
Sous la houlette de Jean-Louis Grinda, Chantons sous la pluie passe de l’écran à la scène.
Christian St-Pierre
Photo : Jacques Croisier
Fils d’un baryton et d’une artiste d’opérette, Jean-Louis Grinda est tombé dedans quand il était petit. Depuis 1996, il dirige le prestigieux Opéra Royal de Wallonie à Liège, en Belgique. Parmi la dizaine de spectacles qu’il programme chaque année, les classiques côtoient les audaces. Depuis le début du millénaire, cet amant de l’art lyrique parle avec autant de ferveur de la Tétralogie de Wagner que des grands canons de la comédie musicale. "Je suis amoureux du spectacle vivant! affirme-t-il. Je concilie très bien l’opéra et la comédie musicale, ce sont deux univers de la démesure."
En décembre 1999, le directeur cherche un spectacle qui convienne à l’esprit plus léger et rassembleur de la fête de Noël. Lassé des traditionnelles opérettes, il se tourne vers un monument de la comédie musicale filmique américaine: Singin’ in the Rain, réalisé par Gene Kelly et Stanley Donen en 1952. "Je cherchais une œuvre qui n’ait jamais été montée en langue française, explique-t-il. Chantons sous la pluie est un film-culte qui ne véhicule pas d’autres messages que celui de la bonne humeur. La musique y est formidable, les airs sont dotés d’un swing exceptionnel. Pourtant, si tout le monde connaît le film, rares sont ceux qui se souviennent qu’il y est question du passage du cinéma muet au cinéma parlant. J’avais envie de faire redécouvrir une œuvre que plusieurs croient connaître."
Afin de mettre son plan à exécution et signer sa première mise en scène (en collaboration avec Claire Servais), Grinda parcourt les adaptations scéniques réalisées à Londres (1983) et à Broadway (1985) à partir du mythique long-métrage de la MGM. Préférant la version américaine, il en obtient les droits et l’utilise comme base de sa mouture. Alors qu’il traduit les dialogues en français, le créateur choisit de conserver les chansons en langue anglaise parce que, dit-il, "elles ne sont que des états d’âme momentanés, aucune ne raconte quelque chose qui fait avancer l’action".
PLUIE D’ÉLOGES
Créée en 1999 à Liège, la production est reprise au Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris pendant quatre mois et reçoit le Molière du meilleur spectacle musical en 2001. "Le spectacle ressemble vraiment à ce que je voulais qu’il soit au départ, révèle Grinda. Il donne de la chair et du sang à des personnages qu’on a connus sur un écran plat. Il raconte la même histoire que le film, mais à aucun moment il n’essaie de l’imiter. Il ne s’agit surtout pas d’une reconstitution historique. De toute façon, on ne fera jamais mieux que Kelly et O’Connor. Mon grand défi a plutôt été de recréer dans la narration scénique l’illusion cinématographique de rapidité et de fluidité. Procéder à beaucoup de changements de décor (la scénographie est signée Michel Fresnay et Jacques Chatelet) tout en donnant l’impression qu’on est toujours dans un système de fondus enchaînés. Il fallait atteindre une réussite technique qui soit à la hauteur de la réussite artistique. C’est exactement comme un changement de pneus dans un grand prix de Formule 1!"
Après plus de 200 représentations données à travers l’Europe, Chantons sous la pluie débarque à Montréal grâce à la collaboration des Productions Libretto. Aux 9 comédiens-chanteurs issus de la version originale belge s’ajouteront 22 danseurs-choristes (dirigés par Barry Collins) et 18 musiciens (conduits par Didier Benetti), tous québécois. À la veille de cette première en sol nord-américain, le metteur en scène avoue ressentir un certain trac: "Bien sûr, je suis un peu inquiet. Après tout, c’est aussi pour vivre une espèce de mise en danger que nous sommes ici."
Jusqu’au 21 novembre
Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts
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