

Duos pour corps et instruments : Cordes sensibles
Les Duos pour corps et instruments de Danièle Desnoyers reviennent faire vibrer les planches de la Métropole pour cinq soirs, au Studio de l’Agora de la danse.
Marcy Normand
Photo : Luc Senécal
Cette pièce – qui a été créée en un temps record de six semaines lors d’une résidence au Musée d’art contemporain (2003) et dont la première fut présentée lors de l’ultime édition du FIND – nous propose la métaphore d’un corps comme premier instrument de son expression. Ceci à travers des dispositifs électroacoustiques reliés tant à des guitares électriques qu’aux corps des danseuses. Une mise en place qui suggère, sur scène comme dans l’imaginaire du spectateur, une liaison sémantique entre la fonction musicale de l’instrument à cordes et la fonction motrice du corps dansant, annonçant ainsi un dialogue possible entre sonorité et mouvement. Une rencontre avec Danièle Desnoyers nous a permis de mettre en mots quelques aspects majeurs du processus d’invention.
"Dans cette pièce, comme pour mes deux précédentes œuvres, j’ai collaboré avec la designer sonore Nancy Tobin. Notre objectif était, une fois de plus, de détourner l’instrument de sa fonction habituelle. Cette fois-ci, Nancy a mis l’accent sur le feedback. Un son plutôt dérangeant au départ, qui est devenu une plainte, une percussion; la puissance évocatrice de l’intérieur des danseuses. Cet accident sonore, qui n’est généralement pas désiré, est devenu notre matériau de travail!" En outre, les danseuses sont, tout comme les guitares, branchées à des micros qui sont reliés à un amplificateur. Assises sur celui-ci, les interprètes peuvent rappeler l’image fabuleuse de la sirène sur son rocher. Mais la féminité qu’elles évoquent n’a rien d’irréel, précise Danièle Desnoyers: "Je crois que l’évocation de cette féminité est venue par nécessité. Du simple fait que mes interprètes possèdent une certaine maturité et une expérience de vie qui transparaît dans leurs mouvements. C’est de cette façon qu’on peut entrevoir, derrière la beauté fétiche d’une longue jambe gracile vêtue d’un bas nylon et de talons hauts, la force et la fatigue d’une femme qui a aussi des préoccupations de mère, entre les heures de répétition et les soirs de spectacle…"
La chorégraphe tient toutefois à souligner que le spectacle ne se résume pas à une heure de feedback. Nancy Tobin a également travaillé à partir de certains airs célèbres de guitare qu’elle a rendus plus abstraits. Ce qui nous amène à parler de cette quête d’abstraction inhérente au travail actuel de Danièle Desnoyers. "Selon moi, ce degré d’abstraction musicale permet au corps de développer sa propre dramaturgie. Il n’y a, au départ, aucune référence. Tandis qu’en utilisant l’intégrale d’un air connu, on part déjà avec une couleur bien définie."
La démarche de l’artiste ressemble à celle d’un chercheur en art. "Peut-être un peu, répond-elle, car il est important que chacune de mes créations redéfinisse un cadre de recherche singulier. Mais ce que je fais est avant tout un travail d’écriture, d’auteure." Cette écriture du mouvement a d’ailleurs été influencée plus qu’on ne le croit, dit-elle, par les trois interprètes qui figurent dans cette pièce. "AnneBruce Falconer et Sophie Corriveau ont travaillé avec moi au tout début de ma carrière. Elles ont beaucoup contribué à l’élaboration de mon vocabulaire. Quant à Siôned Watkins, tout comme pour les deux autres, elle fait figure d’alter ego. On pourrait parler deux langues différentes et on se comprendrait tout de même à merveille." Or, il semble que ce choix de confiance y soit pour beaucoup dans une structure chorégraphique qui demande aux interprètes de négocier avec des facteurs sonores aléatoires. Un défi de taille, pour des interprètes de taille…
Du 16 au 20 novembre
Au Studio de l’Agora de la danse
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