Ferdydurke : Corps professoral
Scène

Ferdydurke : Corps professoral

Carmen Jolin traque la quintessence du Ferdydurke de Gombrowicz.

Après le Trans-Atlantique bondissant de Téo Spychalski, le Groupe de la Veillée poursuit son Automne Gombrowicz en s’attaquant à Ferdydurke, le premier roman de l’écrivain polonais dont on célèbre actuellement le centenaire de naissance entre les murs du Prospero. Sans provoquer de rupture nette avec le ton du précédent spectacle, Carmen Jolin offre une lecture enlevante et judicieuse de cette œuvre que Milan Kundera considère comme l’un des quatre grands romans du vingtième siècle.

Retraçant la descente aux enfers de Jojo, un homme de trente ans, infantilisé et soumis au terrible poids des conventions, Ferdydurke pourfend les idéologies castratrices. Articulant avec doigté les fragments de l’œuvre les plus propices à la scène, l’"esquisse scénique" proposée par Jolin captive aussitôt qu’elle débute. S’appuyant sur une rigoureuse mise en place, la représentation imbrique avec fluidité les étapes les plus cruciales de l’éreintant parcours emprunté par le personnage principal. Ce double de l’écrivain, endossé avec beaucoup de précision gestuelle par François Trudel, retourne sur les bancs d’école pour y être cuculisé, c’est-à-dire traité comme un enfant.

Évoluant avec un dynamisme rare sur une scène jonchée de quelques chaises, d’une échelle et d’une ardoise, les acteurs sont grandement responsables de l’avancée implacable du spectacle. Particulièrement à l’aise dans cet univers hyperbolique, Jean Turcotte incarne avec autant d’aplomb chacun de ses personnages. À ses côtés, Michel-André Cardin et Frédéric Lavallée sont loin de faire pâle figure. Leur trio d’étudiants frénétiques et libidineux s’avère tout simplement délectable. En professeurs tyranniques, Bernard Carez et surtout Claire Gagnon offrent certains des moments les plus désopilants de la soirée.

Se terminant dans une jouissive apothéose vaudevillesque, la représentation traduit parfaitement les enjeux du roman. Retenant l’essentiel, l’adaptation de Carmen Jolin donne corps à la charge subversive de Ferdydurke et convainc qu’il n’existait pas de meilleures tribunes que la scène pour faire retentir cet appel à la résistance que lançait Gombrowicz en 1937.

Jusqu’au 13 novembre
Au Théâtre Prospero
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