

Jean-Guy Legault : Jeu de coulisses
Impétueux comme jamais, Jean-Guy Legault offre aux adolescents du Théâtre Denise-Pelletier un Goldoni déchaîné.
Jade Bérubé
Photo : Robert Etcheverry
Goldoni est mort, vive Goldoni! Si l’auteur italien a exploré avec invention les rouages du divertissement, la société actuelle n’a plus rien à comprendre de ses jeux de mots alambiqués et de ses pointes historiques. Il faut reconnaître que l’auteur italien ne nous emporte plus. Or, doublé de la fougue de Jean-Guy Legault, voilà que le genre semble vouloir renaître de ses cendres.
Legault rafraîchit donc son aïeul en jumelant aux Jumeaux Vénitiens des extraits de son Théâtre Comique, ouvrant ici la porte à la coulisse et démontrant les querelles intestines d’une troupe italienne de l’époque. Voilà que sous nos yeux, grâce à ces extraits pamphlétaires, un alter ego du metteur en scène négocie les choix esthétiques de ses acteurs, alors que ceux-ci s’acharnent à nous présenter la pièce.
Si le choix de cette chamaillerie illustre efficacement le débat entourant la réforme italienne, force est de constater que certaines questions restent en l’air. Y a-t-il une hiérarchie dans le rire? Le "Pourquoi parle-t-on?" lancé par un comédien en colère résonne très loin. Mais Legault ne se prive pas d’ajouter, fidèle à son habitude, moult références à notre quotidien. Les clins d’œil s’enchaînent à un rythme effréné: terrorisme, féminisme, OGM, hip-hop, méga productions, tout y passe. Son inventivité semble ne pas avoir de limite, particulièrement lors des duels où l’on voit défiler gangs de rues, vedettes de Kong-Fu, sans oublier l’hommage au virage numérique d’Hollywood. La notion de performance prend tout son sens alors que les acteurs démontrent une ahurissante virtuosité à tous les égards.
Legault réussit à provoquer un enthousiasme rare dans les salles de théâtre. Le jeune public du Théâtre Denise-Pelletier semblait électrisé, étant même incapable de maîtriser son énergie ainsi fouettée par la fougueuse distribution, se levant debout d’un bond plus d’une fois en cours même de représentation. Un tel enchantement collectif face à l’art théâtral fait alors oublier la surenchère que l’on a pu dénoter au passage.
Jusqu’au 30 novembre
Au Théâtre Denise-Pelletier
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