

Le Langue-à-langue des chiens de roche : Cérémonie sauvage
Le Langue-à-langue des chiens de roche, dès les premiers instants, nous saisit par son éclat sombre, sa beauté âpre, puissante.
Marie Laliberté
Photo : Louise Leblanc
Entrer chez Daniel Danis, auteur de la pièce, c’est entrer dans un monde d’images, dans un univers mystérieux, où se heurtent mots ailés, pulsions et sentiments. Mêlant récit, dialogue, réflexions, la pièce raconte des événements tragiques se déroulant – s’étant déroulés – sur une île isolée. Par la voix de divers personnages réunis, elle relate l’histoire de Djoukie et Niki, jeunes amoureux brisés par les maux qui rongent leur communauté: solitude, indifférence, violence, quête aveugle, effrénée, d’un ailleurs, d’un oubli. Pourtant, la pièce parle aussi, surtout, d’amour.
Gill Champagne, metteur en scène familier de l’univers de Danis, le sert bien. Le cadre dans lequel s’enchâsse la pièce, conçu par Jean Hazel, nous situe dès l’abord dans une zone de mystère propre au rituel: plateau dépouillé avec, au centre, un petit plan d’eau; flottant dans les airs, des arbres couchés dans le temps suspendu, comme si une grande tourmente les avait échevelés, déracinés. Ainsi la pièce est-elle ancrée, visuellement, dans les éléments naturels, très présents dans le texte; y contribuent aussi les éclairages (Sonoyo Nishikawa), évoquant un feuillage, la lumière du jour, ou provenant de l’intérieur du bassin.
Ciselant le verbe, que les comédiens font sonner avec force et intelligence, sculptant la gestuelle, le metteur en scène entraîne son équipe dans un jeu très physique, énergique, souvent exigeant. Peignant de leur présence tableaux vivants ou tourbillons de mouvements, témoins charnels des tumultes intérieurs, les comédiens, entiers, livrent tous une interprétation remarquable. Mentionnons deux jeunes talents, peu vus jusqu’ici, jouant en nuances des personnages à la fois forts et vulnérables: Hugo Lamarre, incarnant Niki, le rend avec une sensibilité à fleur de peau, une grâce lumineuse; Marjorie Vaillancourt, en Djoukie, transmet, en paroles et en gestes, toute la rage d’un personnage souffrant, en quête de sens.
La pièce décrit un monde rude, surprenant, par moments. Spectacle dense, déroutant parfois, il fascine par les instants de beauté sauvage que texte et images laissent poindre; il vaut qu’on y entre et se laisse toucher par les "Au secours d’amour!" déchirants de ses personnages.
Jusqu’au 27 novembre
Au Grand Théâtre
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