Serge Bonin : Lettre de références
Scène

Serge Bonin : Lettre de références

En 2001, Serge Bonin créait, en compagnie de son collègue Patrick Ouellet, Monsieur Lovestar et son voisin de palier, d’Eduardo Manet, pièce qui leur a valu les éloges de la  critique.

"D’abord, c’est une rencontre entre deux êtres que tout oppose – classe sociale, langue, origine, façon de penser… -, mais qui vont se rejoindre à travers une épreuve que chacun a connue", explique Serge Bonin, interprète de Monsieur Lovestar. Ainsi, tout commence lorsque Ramon Federico Salcedo (Patrick Ouellet), un plombier-électricien portugais tout ce qu’il y a de modeste, ose demander à son voisin, un célèbre traducteur on ne peut plus conscient de son importance, de lui traduire une lettre d’amour. Outré, celui-ci refuse, prétextant que de tels écrits ne sont dignes d’intérêt que dans la mesure où ils viennent de poètes. Toutefois, devant l’impitoyable insistance de son vis-à-vis, il n’aura finalement d’autre choix que d’accepter, favorisant ainsi l’émergence de souvenirs douloureux.

"C’est une pièce sur l’ouverture, la tolérance, l’acceptation des différences, analyse l’acteur. Aussi, ça présente des souffrances que tout le monde vit à différents degrés, donc j’ai l’impression que ça peut rejoindre beaucoup de personnes." C’est d’ailleurs ce qui, malgré son côté antipathique, permet à son personnage de toucher le public. "Il est très acerbe et toujours en train de rabaisser l’autre, observe-t-il. Il faut donc montrer la souffrance qui se cache sous ce qu’il laisse paraître, sous sa façade de snob. Il faut aller chercher le bon dosage entre les souvenirs que l’autre lui ramène et sa tentative de les lui dissimuler. Il y a beaucoup de choses à cacher dans ce texte et ça, c’est fantastique pour un acteur; toute la richesse est là. Sinon, on joue juste l’évidence." Par ailleurs, fort de ses trois années de recul, Serge Bonin essaie désormais de faire ressortir davantage la teinte comique de son personnage: "Parce que, même s’il y a un côté humour grinçant, il y a quand même quelque chose de drôle qu’il faut essayer d’apporter. Pour moi, tout bon drame doit aussi comporter quelques moments de rire, de désamorce, pour pouvoir faire passer le reste."

Rassembleuse et accessible sur le plan du propos, la pièce l’est aussi sur celui de la forme, selon lui. "C’est un des buts principaux du Palier, précise-t-il, faire vivre aux spectateurs une expérience qui reste simple et près d’eux plutôt qu’un truc expérimental et métaphysique. Ce n’est pas du brassage d’idées de grands penseurs, c’est vraiment concret, axé sur le cœur, les émotions." Ainsi, bien que, d’un point de vue plus intellectuel, le texte propose également une réflexion sur l’art, sa nature, son utilité, on aura compris que la troupe met d’abord et avant tout l’accent sur le jeu. "On travaille à peu de comédiens, on fait la mise en scène collectivement et un directeur d’acteurs vient une fois sur deux ou trois, ce qui nous permet, pendant qu’on répète, de nous donner toutes les libertés, sans possibilité de jugement. On n’est pas en représentation, alors que, souvent, dans les théâtres, on arrive à la première lecture et il y a déjà un comité de 15 personnes qui nous observe. Nous, on croit qu’en échangeant et en confrontant les imaginaires de chacun, ça donne quelque chose de plus riche. Mais bon, ça, c’est le pari qu’on prend." Et qui semble rapporter.

Jusqu’au 20 novembre
À Premier Acte
Voir calendrier Théâtre