

Billy l’éclopé : Une goutte dans l’océan
Billy l’éclopé ne fait qu’effleurer l’univers pourtant riche de Martin McDonagh.
Jade Bérubé
Photo : François Brunelle
L’auteur irlandais n’est pas inconnu. Nous avions déjà été séduits par La Reine de beauté de Leenane, présenté à La Licorne il y a trois ans. La galerie de personnages de Billy l’éclopé, mis en scène par Monique Duceppe, ne présente malheureusement pas autant d’intérêt. Basé simplement sur l’anecdote, le propos de McDonagh s’en trouve affadi.
C’est qu’il est facile de tomber dans le piège de la banalité. Ici, des habitants démunis d’une île isolée de l’Irlande voient leur vie bousculée par l’arrivée d’une équipe de tournage venue de Hollywood. Étonnamment, c’est le petit handicapé de l’île, qui essuie depuis sa naissance les railleries, qui obtiendra un rôle lui permettant de quitter la vie insulaire. Ses deux tantes se mourront d’inquiétude, le colporteur du village laissera entendre que le petit est à l’agonie, la jeune bravache découvrira qu’elle en était amoureuse; bref, la petite vie de l’île nous sera racontée à coups d’historiettes au quotidien alors que les personnages s’échangent les banalités d’usage autour du comptoir au marché général. L’ennui, c’est que le propos de McDonagh ne se situe pas dans les seules répliques et que le sous-texte a été ici complètement oublié. Il en résulte une pièce proprette qui ne dit plus grand chose.
La traduction de Michel Dumont contribue également à aplanir la parole de l’auteur. Nous nous retrouvons entre deux langues, alors que le français châtié côtoie les québécismes, les acteurs soulignant de surcroît l’écart en glissant du normatif à l’affriquée volontaire. Un rappel de l’effet d’étrangeté des premiers téléthéâtres de Marcel Dubé.
L’entreprise présente pourtant quelques bons moments, grâce à Pierrette Robitaille qui réussit à glisser ça et là des piques irrésistibles. La scène de colère explosive entre les deux sœurs (avec Chantal Baril) nous laisse entrevoir un réel échange et une vivacité que l’on aurait voulue plus constante. Aussi, le plateau tournant souligne habilement l’exiguïté du monde de ces villageois des années 30, villageois que l’on aurait aimé sonder davantage.
Jusqu’au 26 mars
Au Théâtre Jean-Duceppe
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