Forces : Attention: tension
Scène

Forces : Attention: tension

Forces: une pièce? Plutôt un poème, une tension dessinée…

August Stramm est un poète avant d’être un homme de théâtre. Sa pièce Forces est davantage un acte de théâtre qu’une pièce, une parole illustrée plus qu’une parole jouée. Pourtant, les acteurs doivent travailler très fort pour s’aventurer si loin, hors des sentiers habituels du jeu. Peu connu, même dans son Allemagne natale, ce précurseur de l’expressionnisme a déjà été monté par Max Reinhardt dans les années vingt. Aujourd’hui, c’est Stanislas Nordey, un metteur en scène français de 38 ans invité par Wajdi Mouawad, ancien directeur du Quat’Sous, qui vient nous présenter cette pièce écrite à l’époque de la Première Guerre mondiale. Si la mise en scène, la scénographie et les éclairages sont conçus par des Français, les comédiens sont bien d’ici et ils ont été choisis par Mouawad. Maxime Desmons, Stéphane Jacques, Marie-Ève Perron et Sonia Vigneault occupent la scène comme il se doit, avec la précision d’instruments chirurgicaux. Forces est toute une opération où l’on explore le corps, ses mouvements et la parole comme autant de langages.

DESSINER LA PAROLE

Sur cette scène qui prend les allures d’une partition ou d’un recueil de poésies, où le décor minimaliste n’apporte aucune chaleur, mais accentue plutôt cette nudité qui dévoile une tension extraordinaire, une violence impossible à contenir, les acteurs ressemblent parfois à une bombe à retardement. L’histoire qui se déroule est celle de la jalousie. Un couple, une amie, un ami, et du sang. Tout est dit en quelques mots et à l’aide de gestes, mimant autant la ponctuation que l’évolution des sentiments.

ORGANISER LE SENS

Le paradoxe de Forces réside justement dans cette manière d’illustrer la langue à l’aide de gestes étudiés: on surligne et en même temps, on accentue le côté obscur du texte. On montre les phrases plutôt que de les jouer, et en parallèle, entre les vers, on joue l’émotion, la tension, le cri, la peur, la haine. Aussi cérébral que physique, on danse sur un pied, passant d’un état à l’autre. Cet aspect du jeu peut être assez difficile à soutenir pour le spectateur, car il voit face à lui des comédiens qui ne se regardent jamais, ni ne nous regardent, ne dialoguant qu’avec le texte, ne réagissant qu’entre les lignes dites sur un ton souvent monotone, mais parfois livrées de manière emportée. Le tout est une expérience intéressante, enlevante même, mais qui pourrait en repousser plus d’un. Qui a dit que le théâtre ne devait être que divertissement?

Jusqu’au 2 avril
Au Théâtre de Quat’Sous

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