

La Petite Scrap : Crimes et châtiments
La Petite Scrap de Dominick Parenteau-Lebœuf, mise en scène par Marc Béland, ne donne pas dans le confort et l’indifférence…
Stéphane Despatie
Photo : Alain Gauvin
Sur cinq personnages, quatre meurtriers dont trois infanticides. Trois niveaux de langue et trois univers différents, au moins, se côtoient dans cette pièce complexe qui navigue entre l’humour et la dureté, entre le cauchemar et la lumière.
Tout se joue dans le même immeuble: Jacob (Félix Beaulieu-Duchesneau) a loué une chambre, celle d’un bébé perdu, dans l’appartement de Minnie (Emilie Dionne). À côté, squatte Ludo (Guillaume Champoux) qui a fait du réduit de l’immeuble son atelier de couture. Jacob et Ludo ont de nouvelles identités et ils ne se sont pas vus depuis dix ans, époque où ils entraient en prison alors qu’ils étaient encore enfants. Ils ont été incarcérés tout ce temps pour le meurtre d’un autre enfant, plus jeune qu’eux. Aujourd’hui, ils cherchent la paix; mais est-ce qu’on la trouve tout près de Minnie, qui porte son drame sur la figure et qui est aussi accueillante qu’une porte de prison? Et si Minnie est apprivoisable, voire tolérable, que peut-on dire de ses parents, interprétés par Vincent Gratton et Louise Turcot, qui sont de véritables freaks se nourrissant de rôtis, mais surtout de journaux à sensation, de drames et d’enquêtes policières? Entre la boucherie et le kiosque à journaux, ils semblent réduits à se remémorer la perte de leur petit enfant et à élaborer, pour la mère du moins, des plans de vengeance. Pour Minnie, sa mère est un cauchemar sur deux pattes qui vient hanter son appartement en son absence ainsi que ses nuits. Un des moments troublants du spectacle est d’ailleurs cette scène où Minnie rêve de ses parents baisant dans son lit, cordés ensemble comme un rôti à gogo. L’incident rappelle les digressions chères à Kafka.
La peine de mort, la justice par les citoyens, la rédemption, le pardon, l’amour des autres quand on ne s’aime pas soi-même, la maternité, la paternité, les fantasmes, les rituels: y a-t-il trop d’éléments pour qu’on y respire aisément? Le texte est beau, parfois poétique, la mise en scène est très bien, mais il y a quelques longueurs, en partie attribuables au jeu des comédiens qui paraissent parfois avoir du mal à s’abandonner complètement dans une proposition aux multiples visages. Une pièce exigeante qui ne laissera personne dans le confort ou l’indifférence.
Jusqu’au 19 mars
À l’Espace GO
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