La Tempête : Système orageux
Scène

La Tempête : Système orageux

La Tempête, présentée actuellement au TNM dans une traduction de Normand Chaurette, nous montre des comédiens disponibles aux nouvelles règles de l’art.

Paraît-il qu’au moment d’imaginer sa dernière pièce, La Tempête, écrite en 1611 (cinq ans avant sa mort), le grand Shakespeare était fasciné par une technologie dernier cri: l’éclairage au fanal! Ce nouveau procédé l’aurait inspiré pour son ultime création. Écrite dans la quarantaine (qui ne représente pas, inutile de le dire, la même chose aujourd’hui qu’à cette époque), la pièce montre bien le questionnement d’un homme tenaillé par ses démons, qui tente de circonscrire son travail, de faire le point sur le chemin parcouru, comme de faire la paix avec lui-même. Au milieu de tout ça, demeuraient les préoccupations esthétiques et modernes d’un artiste conscient de la possible portée de sa parole.

Prospero (interprété par Denis Bernard), duc de Milan, dialogue avec les esprits de son île déserte et tente de dominer la situation par le verbe et la lucidité. Déjà éconduit par son frère, il fait face à Ariel, l’esprit des airs joué par Paul Ahmarani, et à Caliban, l’indigène fils de sorcière, toujours joué par Ahmarani. Là, s’engage une tempête artificielle qui traîne en sa spirale une flopée de figures qui ont marqué la vie de Prospero: sa fille Miranda (Éveline Gélinas), Ferdinand, fils d’usurpateur, joué par Steve Laplante, et d’autres qui démontrent, entre la magie et la prière, la suprématie du Bien, et les moyens utilisés pour conserver sa place dans la hiérarchie. On voit également une figure troublante du père, les visages du doute, et on entend le hurlement des convictions.

DU FANAL AUX PROJECTIONS HOLOGRAPHIQUES

La Tempête amène son lot de fantômes, et c’est ici que se démarque le génie du duo Michel Lemieux (le même qui influença Peter Gabriel et mit en scène la poésie de Claude Beausoleil) et Victor Pilon, allié à la compréhension dramaturgique de Denise Guilbault. Le trio fait la lumière, c’est le cas de le dire, sur ce texte qui n’est pas toujours facile à intégrer. À l’aide de projections, arrivent les comédiens Éric Bernier, Vincent Bilodeau, Pierre Curzi, Jacques Girard, Patrice Robitaille et Robert Toupin. Entre le cinéma et le théâtre, le dialogue se fait ici sans faille. Un véritable tour de force. La magie opère et on utilise brillamment les possibilités du médium, par exemple, en jouant avec les dimensions des personnages. Que les comédiens arrivent à projeter et à jouer avec les impératifs du théâtre pendant qu’à côté d’eux s’évertuent d’autres comédiens avec les nuances que permet le cinéma, cela démontre le travail technique énorme qu’ont dû accomplir ces derniers. Jamais la pièce ne souffre de toutes ces technologies, au contraire. Si tous les comédiens ont fait du bon boulot, mentionnons la finesse d’Ahmarani, et disons que Denis Bernard, encore une fois, fait preuve d’un immense talent.

Quant à la question: est-ce toujours du théâtre?, il faudrait la poser également aux créateurs de Twin Rooms, Aladeen, 2191 nuits

Jusqu’au 19 mars
Au Théâtre du Nouveau Monde

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