L'Ombre incongrue de F. : Chronique d'une mort annoncée
Scène

L’Ombre incongrue de F. : Chronique d’une mort annoncée

L’Ombre incongrue de F.: une odyssée souvent captivante.

Le Théâtre Incongru, un collectif éphémère formé de jeunes diplômés de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, reprend ces jours-ci le fruit d’une récente collaboration avec le metteur en scène Pascal Contamine (Dossier Prométhée). Sans éviter tous les écueils de la production élaborée dans un cadre scolaire, L’Ombre incongrue de F. présente bien plus de qualités que de failles.

Opposant les préceptes rationnels de la psychanalyse à l’insondable mystère de la condition humaine, la pièce (signée par Contamine sous le pseudonyme d’Adam Nevir) parvient à divertir sans exclure la réflexion. Soumis aux apparitions répétées de sa propre mort, F. Sansoucis se voit contraint d’apprivoiser sa finitude. Au cours d’un périple hallucinatoire qui le mène au tréfonds de son inconscient aussi bien qu’en Sibérie ou dans le désert du Sahara, le psychanalyste fait de déterminantes rencontres. Chargée de dérision, la rocambolesque aventure escortée par trois talentueux musiciens s’avère aussi imaginative qu’éparpillée. Abordant une foule de sujets par l’intermédiaire d’autant de disciplines scéniques, la représentation crée de fructueux croisements. Malheureusement, ce choc des discours et des références s’effectue parfois au détriment de la clarté.

Ingénieuse, la scénographie à configuration variable d’Émilie Voyer sert parfaitement le spectacle. Les multiples panneaux tubulaires s’allient aux éclairages nuancés de Loïc Lacroix-Hoy afin de convoquer les différents lieux. Les costumes d’Émie Gagnon ajoutent une touche de surréalisme qui contribue à imposer l’étrangeté des protagonistes. Au sein d’un groupe qui présente une homogénéité peu commune pour ce type d’entreprise, quatre comédiens se distinguent par la finesse de leur proposition. Toujours alerte, Guillaume Girard relève avec beaucoup de présence le défi posé par le rôle principal. Tandis que Marc Donati offre à ses personnages une rare qualité de mouvement, Vania Beaubien démontre un grand sens du comique et Mathieu Gentes se révèle fort doué pour la métamorphose. En constatant avec quelle conviction les jeunes créateurs du Théâtre Incongru défendent cette ambitieuse satire, on envisage le meilleur pour l’avenir.

Jusqu’au 12 mars
Au Théâtre La Chapelle

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