

Messieurs, Dame… : Intuition féminine
Messieurs, Dame…, les deuxième et troisième volets de la trilogie sur les relations de couple amorcée en 2003 par Estelle Clareton, nous sont présentés lors d’une même soirée au Studio de l’Agora.
Marcy Normand
Photo : Wajdi Mouawad
L’entrevue vient tout juste de commencer et déjà le discours de la chorégraphe est rempli d’éléments symboliques qui dévoilent un intérêt marqué pour le thème de la maternité: l’œuf, l’oiseau, l’envol, le nid, la mort et la naissance des âmes, etc. Elle tourne autour du sujet, comme on sait si bien le faire lors d’une séance chez le psychanalyste quand on a l’intuition du mal, mais qu’on n’ose pas prononcer le mot qui va faire sauter le bouchon.
Puis tranquillement, nous glissons vers le cœur du propos: "Je crois qu’une part masculine en moi est en train de mourir…" À 36 ans, Estelle Clareton est, comme les femmes de sa génération, préoccupée par la redéfinition de la notion de féminité. Qu’est-ce qu’être une femme à notre époque? La réponse à cette question délicate n’est pas simple. Plusieurs ne veulent plus accepter ce que leurs mères ont enduré en silence, c’est-à-dire la même connerie humaine perpétuée de génération en génération par ce "mâle puissant" qui a réduit la femme, dans bien des cas, à une simple productrice de chair à canon.
"Cet été, j’ai visité les camps de concentration… Il est difficile de s’expliquer qu’une telle machination a pu être imaginée par l’Homme. Le pire, c’est que les génocides se poursuivent à l’heure actuelle, sans qu’on puisse intervenir personnellement. Je ressens tellement d’impuissance et de rage face à cette situation. Je ne comprends pas qu’on ait pu, et qu’on puisse encore, en arriver là." Pour celles qui ont vécu la grossesse et les douleurs de l’accouchement, puis qui ont prodigué de multiples soins à l’enfant qui grandit, il est toujours insensé de voir à quel point les hommes s’arrachent la vie avec une telle insouciance.
"Parfois, je trouve ça ridicule que ma seule réponse à tout ce non-sens soit une danse. C’est si inoffensif… alors que mon cri intérieur est si fort. Pendant la période de création du solo d’Anne Plamondon, j’ai été grandement inspirée par deux mythes. Celui d’Ariane, qui finit sa vie seule sur une île, et celui des Furies, ces âmes chargées d’exercer la vengeance divine. Solitude, recueillement et rage furieuse. Voilà où j’en suis… et c’est d’ailleurs en train de donner le ton à une prochaine série de créations." Mais ça, c’est pour plus tard! Terminons d’abord en parlant de la forme de ces deux volets présentés lors d’une même soirée.
Le deuxième volet, Messieurs, est une œuvre vidéographique entièrement montée par la chorégraphe. On y voit apparaître 13 gars de stature et d’âge différents. Parmi ceux-ci, le peintre Lino, qui a assumé la scénographie. Le troisième volet est un solo interprété en temps réel, sur scène, par Anne Plamondon. Le tout est précédé d’un bref prologue visant à rappeler le premier volet, Monsieur, question de bien boucler la boucle… À ne pas manquer!
Du 8 au 12 mars
Au Studio de l’Agora
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