

Noces de sang : Union libre
Avec les Noces de sang de Garcia Lorca, le Théâtre de la Névrose entremêle les racines québécoises et andalouses.
Jade Bérubé
Photo : Marie-Ève Cadieux
Pour les spectateurs avides de découvertes, la Salle Fred-Barry accueille ces jours-ci une interprétation étonnante des Noces de sang. Désirant s’affranchir du folklore espagnol, le Théâtre de la Névrose relève un défi de taille en mêlant ici le sang du Sud à celui du Nord dans une ode poétique dépassant la simple transposition.
Deux familles nourries depuis des générations par la vengeance, une fiancée prisonnière de sa passion brûlante pour un homme qui lui est interdit: Noces de sang reprend le thème de la fatalité liée au désir, amalgamant la prose et la poésie. Dans un décor sobre évoquant autant la glace que l’aridité d’un paysage catalan, six voix laisseront couler les mots du poète, parfois en une menaçante ritournelle, parfois égrenés en dialogue, toujours avec une intelligence redoutable. Rarement aura-t-on eu autant accès à la poésie d’un texte à travers une appropriation aussi personnelle. Car le flamenco de Saura est loin. Le metteur en scène Stéphane St-Jean a choisi l’univers cyber-punk pour illustrer la solitude d’une jeunesse troublée par les chairs mais isolée dans un monde quasi virtuel. La bonhomie québécoise de certains personnages côtoie la rigidité castillane sans heurt, l’utilisation inventive du chœur et la justesse du jeu ravissent. Une heureuse poursuite de l’univers esquissé par la même compagnie avec La Voix humaine de Cocteau.
Jusqu’au 12 mars
À la Salle Fred-Barry
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