

CYP17 : Lois physiques
L’œuvre multidisciplinaire CYP17, du chorégraphe d’origine canadienne André Gingras, clôturera la saison printanière du Studio de l’Agora.
Marcy Normand
Photo : Ruud Gort
Nous avons attrapé le créateur de CYP17, principalement actif en Europe, en transit entre deux destinations. Nous voulions en savoir davantage sur cette pièce au titre étrange. "On me demande souvent à quoi réfère ce titre, s’amuse André Gingras. Ça provient d’un article que j’ai lu sur la génétique. En gros, on y disait que des chercheurs avaient réussi à isoler le gène du stress. Et le nom ressemblait à CYP17…, ça m’a donné des idées, vu que je travaillais dans cette optique-là, à cette époque." Cette époque, c’était un peu avant le tournant du nouveau millénaire, car le spectacle fut présenté en première au CaDance Festival (Pays-Bas) en 2000.
L’œuvre a donc eu le temps de mûrir un brin depuis cinq ans. Elle est d’ailleurs tellement en demande dans de nombreux festivals que le chorégraphe a dû la cloner pour pouvoir la présenter à deux endroits à la fois. Conçu au départ avec Manuel Ronda, le solo CYP17 s’est ensuite également développé grâce à l’interprète Kenneth Flak, que nous pourrons apprécier lors de la performance montréalaise.
"Pour bâtir cette pièce, nous avons fait une recherche sur la transformation du corps au seuil du troisième millénaire. Ceci m’a été inspiré par l’essor fantastique, mais aussi très effrayant, des nouvelles technologies dans pratiquement tous les secteurs de notre vie. J’ai donc été curieux d’aller voir comment les gènes nous avaient permis de nous adapter à cette évolution rapide, de manières historique, biologique, comportementale, etc."
Le travail du mouvement tourne alors autour des manifestations physiques du stress que peut engendrer ce type d’évolution sur le corps humain. "On a exploré le lien avec certaines habitudes quotidiennes, comme le besoin de se nourrir, le comment et le pourquoi, aussi certains tics qui peuvent apparaître sur le corps, comme chez ceux qui sont atteints du syndrome de Tourette. Mais je tiens à préciser que je ne cherche pas à orienter le regard du spectateur vers quelque chose de narrativement réducteur. Ces indices ne sont que des pistes de recherche. La sémantique appartient au spectateur."
Ce spectateur aura d’ailleurs plusieurs éléments à sa portée pour se forger un sens, car CYP17 est une œuvre qui allie vidéo et danse. "La pièce devait au départ prendre la forme d’une installation, mais au cours du processus de création, c’est devenu un spectacle. Le travail d’orchestration entre les deux médiums était très important, car je ne voulais pas que la vidéo occupe la simple fonction de décor. Je la voyais dans un rapport égalitaire avec la danse. Évidemment, le sens dramatique de l’image est très fort et peut facilement prendre le dessus sur le corps dansant, mais je crois qu’il y a justement moyen de se servir de cette force. Pour CYP17, je considère la vidéo comme un personnage… comme une trace d’énergie."
Si le sujet semble sérieux et bien ciblé, le traitement scénique reste très ludique et éclaté, nous assure le chorégraphe qui est aussi passé par une école de théâtre montréalaise, lors de sa formation d’artiste de la scène. Et qui, de plus, aime bien toucher à tous les styles de mouvements (arts martiaux, breakdance, capoeira…). "On dit que je fais de la danse pour les besoins de la cause, vous savez… mais à l’heure actuelle, je crois que le public est prêt à comprendre que tout est envisageable sur scène. Texte, mouvement, vidéo, musique, humour, installation, performance, etc. Ce mélange n’est pas nouveau, puisque ça se fait déjà depuis les années 60. Ce qui est nouveau, c’est que le phénomène soit maintenant en train de devenir communément accepté".
Du 11 au 14 mai
Au Studio de l’Agora
Voir calendrier Danse