

Emio Greco : Mort pour la liberté
Pietracupa Mélissa
Photo : Jean-Pierre Stoop
Histoire de commémorer le 60e anniversaire de la libération des Pays-Bas par les Forces armées canadiennes, le mois de mai fait place au mini-festival Hollande en fête, un bouquet de manifestations artistiques. Du côté de la danse, un événement fort attendu: la venue de la compagnie néerlandaise Emio Greco | PC, de passage dans le cadre d’une tournée nord-américaine afin de présenter au public montréalais la beauté, dite troublante, de sa création Rimasto Orfano.
Créée en 2002 à Bruxelles, cette œuvre a déjà pris l’affiche dans plusieurs théâtres et festivals d’Europe. Acclamé tant par le public que par la critique, le vocabulaire chorégraphique de cette pièce a été qualifié par le London Times de "stimulant, original et excentrique, tranchant singulièrement avec ce qui se fait actuellement en danse contemporaine". Joint par téléphone à Toronto, la veille de sa première canadienne, le chorégraphe et danseur d’origine italienne a confié que tel est l’objectif de sa recherche avec le metteur en scène hollandais Pieter C. Scholten. "Nous travaillons la dramaturgie de la chair, précise Greco. Il s’agit d’exploiter le mouvement comme un langage et d’aller au-delà des structures établies par le théâtre et la danse. Pour cela, il nous a fallu un long processus de création, très intense, où les cinq autres danseurs ont été appelés à se révéler et à se déstabiliser afin de déconstruire les bases pour réinventer de nouveaux cadres."
Hors des protocoles traditionnels, Rimasto Orfano, pouvant se traduire par L’Orphelin abandonné, s’ouvre sur le cri d’une danseuse à perruque blonde et aux souliers rouges: "Emio Greco est mort!" Cette mort, évoquant la coupure et le changement de parcours du créateur, revendique la liberté de créer en rejetant les facteurs d’influence externes, tels que les attentes du public et des producteurs. "À la fois complexe et universelle, la mort est utilisée pour dénoncer le système, explique Greco. Et c’est ensuite par la danse que l’on réussit, entre la vie et la mort, à découvrir une autre façon d’exister. Le corps nous permet ainsi de découvrir des plages jusqu’ici inconnues."
Formé en classique mais ayant frayé dans l’univers contemporain aux côtés de Jean Fabre et Saburo Teshigawa, le chorégraphe-interprète, dont la présence scénique et la technique ont été reconnues comme sidérantes, tente de réconcilier corps et esprit. Passant de l’harmonie au chaos en interchangeant les parties du synopsis, Rimasto Orfano a permis l’exploration du côté cruel de la réalité humaine. La musique de Michael Gordon vient appuyer cette violence animale en instaurant, par l’entremise de sons de sirènes, une énergie tranchante en état d’alerte. Du côté du décor comme des costumes, tout a été conçu de façon minimaliste afin d’éviter les obstacles et de permettre aux danseurs androgynes d’investir la scène, théâtre d’une lutte déchirante.
Du 12 au 14 mai
Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts
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