

Évelyne de la Chenelière : Cure de jeunesse
Évelyne de la Chenelière a marié son univers à celui du Théâtre Le Clou. Entretien sur le choc des idées.
Stéphane Despatie
Photo : Monic Richard
Dramaturge et comédienne, Évelyne de la Chenelière a étudié le théâtre à Paris et ici, auprès de Pol Pelletier. Elle a écrit Henri et Margaux et Nicht retour, Mademoiselle (avec Daniel Brière), Aphrodite en 04, et sa pièce Des fraises en janvier a récolté trois mises en nomination à la Soirée des Masques 2000, dont celle du meilleur texte original. Aujourd’hui, avec L’héritage de Darwin, elle présente sa première pièce pour la jeunesse, qui vise le public des 11-14 ans.
"C’est l’histoire de deux pré-adolescents qui, au sortir de l’école primaire, passent l’été ensemble juste avant d’entrer au secondaire. Ils entament une relation plus intime, plus profonde, et pour se désennuyer comme pour faire un coup d’argent, ils se mettent en danger en embarquant, avec des sommes considérables pour des enfants, dans un système pyramidal", raconte l’auteure. Il s’agit d’une comédie pseudo-scientifique portant davantage sur les liens d’amitié et les rapports familiaux que sur les théories darwiniennes ou sur l’intrigue policière qui pourrait se dessiner derrière l’anecdote de la pyramide. "La pièce se déroule en partie en temps réel: c’est l’heure d’attente avant le rendez-vous pris dans un parc pour rembourser la dette. Parallèlement, on a accès aux réflexions d’un des personnages qui est obsédé par la théorie de l’évolution de Darwin. Lui, il se considère comme un mal adapté. Donc, selon lui, il est voué à disparaître, ce qui le préoccupe beaucoup."
L’histoire se déroule à Montréal, alors que les parents de Julien, qui vient d’une famille plus fortunée, le croient en voyage avec Jacques. C’est Julien qui est obsédé par la théorie de Darwin et pourtant, c’est lui qui a le plus d’argent des deux. Julien adapte la théorie de l’évolution en la ramenant au fait d’avoir de l’argent ou non, ce qui, d’après lui, sépare les faibles et les forts dans la société contemporaine. "Je crois qu’il ressent beaucoup d’insécurité, et que sa compréhension simpliste de Darwin l’effraie", précise l’auteure.
ÉCRIRE POUR LA JEUNESSE
L’écriture de cette pièce pour la jeunesse est une parenthèse dans l’œuvre de la dramaturge. Ce genre de projet est davantage l’occasion de faire le point sur son travail, de prendre le temps d’essayer autre chose que de poursuivre dans une direction. "Je n’avais pas de projet jeunesse en tête au moment où l’on m’a passé la commande, et ma prémisse a été de faire parler des héros de cet âge-là. Donc, sur le plan de la prise de parole, je me suis imposé une façon d’aborder l’écriture jeunesse." Rester authentique et fidèle à sa manière de faire n’est pas une mince tâche quand on doit construire avec les impératifs inhérents au genre, et de la Chenelière ne cache pas la difficulté du travail. "Le Clou ayant développé une expertise dans ce domaine, j’ai dû composer avec tous les spécialistes de ce type de théâtre. Ils connaissent leur public cible et les acheteurs de ce genre de spectacle." En l’occurrence, elle qui n’aime pas la confrontation et qui a besoin d’espace et de confiance a développé une certaine acuité quant à la définition de ce dont son travail avait besoin. "Je suis fière d’avoir conservé mon essence, d’avoir appris à savoir quand le regard de l’autre m’apportait et quand je devais sauver quelque chose."
Mis en scène par Sylvain Scott, le spectacle comporte des manipulations vidéo effectuées en direct: "Je n’ai pas écrit en pensant aux effets scéniques, je suis novice quant à ce genre de méthode. Mais certains projets provoquent une espèce de cassure dans mon écriture, qui s’est transformée au point d’engendrer un objet qui tient davantage compte de la mise en scène. Je me suis laissée aller à écrire autant un spectacle qu’une pièce." Avec tous ces ingrédients qui bouillonnent, le résultat risque de ne pas être banal.
Du 5 au 15 mai
À la Maison Théâtre
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