

Geneviève L. Blais : Corps défendant
Avec Combats, Geneviève L. Blais oppose son geste artistique aux atrocités du monde.
Christian St-Pierre
Photo : Maxime Côté
L’an passé, à la même époque, Geneviève L. Blais donnait naissance à sa propre compagnie, le Théâtre à corps perdus. Entre les murs du bar Le 980, la jeune diplômée de l’École nationale signait la mise en scène de Quelques éclats de verre, un spectacle de danse-théâtre qui interrogeait les abîmes de la solitude urbaine. Ces jours-ci, dans l’enceinte du Bain St-Michel, la créatrice règle les derniers détails de Combats, un collage évoquant les violences de la guerre.
"Ce projet trouve son point de départ dans les événements du 11 septembre, lance Geneviève L. Blais. Ce jour-là, quand je suis entrée dans le hall de l’École et que tout le monde était assis devant la télévision, je n’ai pas compris ce qui se passait. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai cru qu’il s’agissait de la Troisième Guerre mondiale." À ce moment-là, la créatrice a réalisé à quel point nos certitudes étaient friables, combien nos abris, aussi bien idéologiques que matériels, étaient vulnérables. Si la jeune femme aspire depuis ce jour à affronter, par l’intermédiaire de son art, la réalité de la guerre, ce n’est que l’an dernier qu’elle a amorcé véritablement son projet. Après de nombreuses lectures, elle a arrêté son choix sur quatre courtes pièces d’auteurs contemporains, quatre voix singulières. "Il y avait dans ces quatre pièces des personnages que je ne comprenais pas entièrement, révèle la metteure en scène. Leurs combats me semblaient difficiles à expliquer. J’ai tout de suite ressenti la nécessité d’un face-à-face avec ces êtres dérangeants."
Issus des univers de l’Australien Daniel Keene (Le Violon), du Québécois d’origine libanaise Wajdi Mouawad (Lettre d’amour d’un jeune garçon à sa mère morte depuis peu) et des Espagnols José Ramon Fernandez (Mariana) et Carles Batlle (Combat), les troublants monologues de Combats seront défendus par Ève Pressault et Étienne Pilon. Afin de lier les différentes textures dramatiques, mais surtout pour jeter un pont entre notre réalité et ces ailleurs défigurés par la guerre, la metteure en scène a misé sur la présence d’un adolescent. Pour Nicolas Poitras, 14 ans, il s’agira d’une première expérience professionnelle au théâtre. Dans un trou énorme, une fosse ou encore une piscine vidée de son eau, le jeune garçon est sur le point de s’arracher au monde de l’enfance. Autour de lui surgissent des êtres dévorés par le désir ou la nécessité de combattre. Par la magie d’une convention théâtrale, les combats naissent, les affrontements se répondent et les guerres d’ici et d’ailleurs se font écho.
UNE RÉFLEXION COLLECTIVE
Le défi posé par l’ampleur du sujet et le caractère universel de la réflexion qu’il sous-tend ont encouragé Geneviève L. Blais à mettre l’élaboration de son spectacle sous le signe de la collectivité. Ainsi, Nadine Desrochers (dramaturgie), Carlo Verdicchio (musique), Romain Fabre (scénographie), Fruzsina Lanyi (costumes), Stéphanie Raymond (éclairages) et Myriam Provost Riel (direction de production et régie) ont participé, avec les acteurs et la metteure en scène, à de nombreux échanges et ateliers de création. Issus de divers horizons, ces artistes semblent avoir réfléchi en profondeur sur les raisons les incitant à porter à la scène un thème aussi grave. "Nous nous sommes interrogés sur ce qui nous liait aux personnages, confie la créatrice, sur ce qui nous les rendait, malgré tout, familiers. Nous ne connaissons rien à la guerre et pourtant nous vivons aussi des combats, des combats qui ressemblent aux leurs en ce qui concerne l’identité et le besoin de croire en quelque chose. Comme eux, nous souhaitons être acteurs et non figurants au sein de notre monde."
Du 12 au 22 mai
Au Bain St-Michel
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