Comédien, chanteur, metteur en scène et compositeur, Sylvain Scott a reçu tous les talents. Codirecteur artistique du Théâtre Le Clou, une compagnie qui se consacre au public adolescent depuis 1989, il n’a pas cessé d’y œuvrer. À compter de 2001, René Richard Cyr lui confie des rôles dans Les Parapluies de Cherbourg, L’Homme de la Mancha et Frères de sang. Particulièrement vibrante, son interprétation de l’attachant Sancho Pança, le fidèle serviteur de Don Quichotte, est pour beaucoup dans la réussite exceptionnelle du spectacle (128 représentations). Avant de faire ses adieux à Sancho (à l’Olympia les 26, 27 et 28 mai prochains), Sylvain Scott dévoile La vraie vie est ailleurs, sa première création en solo.
Ce spectacle inspiré des chansons de Réjean Ducharme (mises en musique par Robert Charlebois et Jacques Perron), il y a bien longtemps que l’artiste aspire à lui donner naissance. En 1996, alors qu’il s’affaire à constituer un répertoire pour des étudiants en théâtre musical du Collège Lionel-Groulx, le créateur redécouvre Dix ans, une des chansons de Ducharme popularisées par Charlebois. Intrigué, il pousse plus loin ses recherches et découvre des paroles d’une grande beauté et d’une rare profondeur, un corpus qu’il souhaite défendre. "Ces textes sont des trésors, affirme-t-il. Ils appartiennent au même univers que les romans et les pièces de Ducharme. J’ai découvert que des constantes s’en dégagent: une poésie et des images fortes, des personnages qui demandent à vivre." En 1998, alors engagé dans la conception du livret de son spectacle, Scott fait appel au metteur en scène Martin Faucher (toujours conseiller artistique sur le projet) et aux acteurs-chanteurs Carmen Ferlan et François Godin. Avec leur aide, il cerne les enjeux des textes et en dégage les personnages, lieux, situations et conflits. Au sortir de cet atelier, le créateur réalise que ces textes, qui l’avaient d’abord interpellé d’une manière instinctive, constituent une matière éminemment théâtrale. "On y trouve des personnages en détresse, explique-t-il, des êtres extrêmement solitaires. Ils sont prisonniers d’une camisole de force et pourtant ils aspirent à quelque chose de plus grand."
LE CHANT DE VINCENT
Soucieux de raconter une histoire, Sylvain Scott construit un synopsis auquel il greffe la plus grande partie des chansons de Ducharme. "L’important, précise-t-il, c’est de donner l’impression que les chansons ont été écrites en fonction de cette histoire." Ainsi, La vraie vie est ailleurs relate une journée charnière dans la vie de Vincent, un sculpteur qui crée à partir d’objets recyclés. Depuis que Lou l’a quitté, l’artiste traverse une panne d’inspiration. Chargé de répondre à l’importante commande d’un galeriste américain, Vincent demeure immobile, paralysé par sa blessure. Acculé au pied du mur, le jeune homme trouvera le courage insoupçonné de s’arracher à son passé. Les ressemblances sont loin d’être fortuites entre le parcours de Vincent et celui de Roch Plante, pseudonyme sous lequel Réjean Ducharme mène depuis plusieurs années une rigoureuse démarche de plasticien. "Je ne pouvais pas faire autrement, révèle Scott. La référence à Roch Plante s’est imposée. D’ailleurs, Nathalie Trépanier s’est largement inspirée de ses œuvres pour réaliser la scénographie." Mentionnons que ces décors, assurément composites, seront éclairés par Étienne Boucher. Bien que les chansons empruntent différentes avenues, il semble que les arrangements parviennent à créer une certaine uniformité, un son plutôt contemporain et urbain. "Cela représentait un gros défi, explique le maître d’œuvre. Il a fallu remédier à tout ce qui sonnait trop 80. Je pense que nous avons réussi à nous approprier les chansons." Musicien très sollicité, Benoît Landry a accompli la lourde tâche. Pour les représentations, il endossera également les fonctions de directeur musical et de claviériste. À ses côtés, Patrice Massicotte maniera les guitares et Sophie Desrosiers le violoncelle.
Alors qu’il est sur le point de dévoiler le fruit d’un si long labeur, Sylvain Scott espère que ces dix représentations constitueront une première étape dans la vie de son spectacle. Sans prendre la défense d’une cause, l’artiste souhaite néanmoins qu’on cesse de considérer le théâtre musical comme un genre mineur. Il déclare: "J’ai cette envie, et je suis loin d’être le seul, de faire un théâtre musical qui nous ressemble, au même titre que la création théâtrale québécoise. Je trouve que c’est un beau combat à mener!"
Du 12 au 21 mai
À la Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui
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