Visage de feu : Le baptême du feu
Scène

Visage de feu : Le baptême du feu

Visage de feu, une pièce-choc de l’Allemand Marius von Mayenburg dont Theodor Cristian Popescu tire un spectacle sobre et percutant.

Depuis sa création en Allemagne en 1998, Visage de feu a parcouru les scènes du monde. Ces jours-ci, la pièce de Marius von Mayenburg retentit pour la toute première fois en sol québécois. Entre les murs du Théâtre Prospero, Theodor Cristian Popescu en signe une mise en scène aussi dépouillée qu’efficace.

Sur le sol sanguinolent d’un espace vide, les acteurs surgissent et disparaissent dans les battements furtifs d’un angoissant ballet. Sur scène, les rouages d’une implacable machinerie se mettent en branle. Beaux et précis, les clairs-obscurs de Marc Parent opèrent un découpage spatial si habile que des cloisons semblent s’ériger entre les personnages. Dans les 94 tableaux brefs qui composent la pièce, Kurt et Olga s’affranchissent de l’"autorité" de leurs parents, s’assurent avec une férocité croissante de dynamiter chacun des ponts qui persistaient à les relier au monde. Kurt est ravagé par l’inévitable échéance de la relation passionnelle (et incestueuse) qui l’unissait, hier encore, à sa sœur. Dépourvu de tout repère identitaire, le garçon devient pyromane et s’en remet aux vertus purificatrices du feu. À ses côtés, Olga découvre l’amour et ses avatars. Bien que dotée d’un instinct de survie plus tenace que celui de son frère, la jeune femme ne sortira pas indemne de cette épreuve.

Dans les habits de l’adolescent écorché vif, Éric Paulhus fait voir les replis d’une âme damnée. Trouvant enfin un emploi à sa mesure, Amélie Bonenfant exprime avec beaucoup d’aplomb les tiraillements d’Olga. Endossant pleinement les figures inaptes et impuissantes du père et de la mère, Simon Boudreault et Cristina Toma s’en tirent fort bien. Dans le rôle de Paul, le jeune homme à la moto qui séduit Olga, Philippe Thibaudeau livre une interprétation honnête. Au mérite de faire découvrir la voix singulière de Mayenburg aux Montréalais, ce spectacle ajoute l’efficacité d’une direction qui, loin de tout faux-fuyant, prône un éloquent dépouillement. Si le présent est garant de l’avenir, d’autres grands moments de théâtre pourraient bien surgir sous la houlette de Theodor Cristian Popescu.

Jusqu’au 14 mai
Au Théâtre Prospero

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