Zone : Terrain miné
Scène

Zone : Terrain miné

La pièce Zone de Marcel Dubé se prolonge à travers la compagnie Kléos, qui a plus de 85 représentations derrière la cravate.

Classique du répertoire québécois, Zone se déroule dans une usine désaffectée d’un quartier populaire de Montréal. Cinq adolescents, issus du milieu ouvrier, décident de prendre leur destin en main et de faire de l’argent. Le moyen utilisé? La contrebande de cigarettes américaines, que le chef de la bande, Tarzan (incarné par Luc Chapdelaine), se procure en "sautant" les douanes fréquemment. Mais voilà qu’un jour, sous l’effet de la peur et de la panique, Tarzan perd ses moyens et un douanier perd la vie. De retour au repaire, le chef, que toute la bande admire à l’exception de Passe-Partout (Marc Beaupré) qui le jalouse, voit son univers basculer à la suite de la visite de la police, qui les amène tous au poste et force chacun à parler. Interrogés de manière individuelle, ils se font un honneur de protéger Tarzan, même Passe-Partout qui parle davantage sans penser en dire autant. Mais voilà, les policiers ont du métier et savent cuisiner les jeunes, qui tour à tour donnent des éléments de réponses permettant de comprendre l’essentiel de l’histoire.

Ce que dévoile la pièce, qui malheureusement est toujours très actuelle, c’est le cri des adolescents qui ne savent pas quoi faire pour entrer dans le monde des adultes, pour camper leur identité. C’est la rupture avec le passé, c’est le refus d’un avenir qui ressemble à celui de leurs parents, c’est l’amour qui se pointe, c’est la fraternité possible, libre, loin du travail qui ressemble à de l’exploitation. La marge et le pouvoir sont des ingrédients séduisants, autant que le besoin d’être aimé et respecté, voire admiré. Et il y a aussi le droit au rêve, à l’espoir, aux changements sociaux.

Certes, les jeunes des années 50 n’avaient pas tout à fait les mêmes problèmes, les mêmes possibles, les mêmes manques que ceux d’aujourd’hui. Mais que ce soit l’analphabétisme d’alors ou la sur-spécialisation de maintenant, les jeunes l’ont difficile, et la pièce rend bien cette période de crise. Malgré ses aspects conventionnels, elle demeure pertinente et la compagnie Kléos fait bien d’en sauvegarder la mémoire. Les comédiens sont tous très bons, en particulier Marie-Anne Alepin (Ciboulette), Martin Fréchette (Moineau) et Marc Beaupré.

Jusqu’au 7 mai
Au Théâtre du Rideau Vert

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