Britannicus : Pouvoir intime
Scène

Britannicus : Pouvoir intime

Avec Britannicus, Martin Faucher clôt de manière modeste un cycle consacré au théâtre du 17e siècle.

Après Le Menteur et Les Femmes savantes, deux spectacles ayant récolté les hommages mérités du public et de la critique, le metteur en scène Martin Faucher se mesure à Britannicus. S’il revisite la tragédie de Racine avec moins de génie que les comédies de Corneille et de Molière, sa relecture offre tout de même des instants de grâce.

Entre les gradins érigés sur la scène et le mur arrière de la salle, les comédiens évoluent dans une aire plutôt restreinte. Cet espace, tout désigné pour évoquer une antichambre du palais de Néron, Jonas Veroff Bouchard le garde presque vide. Étienne Boucher éclaire si savamment cette enclave briquetée et l’architecture rococo du théâtre qu’on se croirait dans la demeure d’un empereur romain. Hormis quelques accents classiques, Denis Lavoie a vêtu les actrices de robes plutôt intemporelles. Il en va bien autrement des acteurs. Noirs, blancs ou rouges, les tissus de leurs habits sont luisants ou translucides. Néron, les doigts couverts de bagues, chaussures en crocodile aux pieds, arbore la décadence chic des rock stars de notre époque. Amalgame de clavecin et de distorsions, la musique originale de Pednô fait vibrer les sièges, instille l’angoisse.

L’inventivité et la folie douce qui avaient fait la marque des précédentes relectures de Faucher trouvent ici peu d’équivalences. Moins radicale, cette mise en scène ne vient pas à bout de l’austérité racinienne. Il faut dire que, chacun des comédiens s’appropriant le vers à sa manière, le jeu des acteurs est d’une hétérogénéité peu commune. Alors que Geneviève Alarie exprime toute la lucidité de Junie, Maxime Denommée offre un Britannicus un brin monolithique. Quant à Philippe Cousineau (Burrhus), Sébastien Dodge (Narcisse) et Chantal Dumoulin (Albine), leurs compositions prennent trop souvent des airs de caricatures. Heureusement, les deux rôles principaux sont fort bien défendus. Benoît McGinnis, très à l’aise avec le vers, dote son Néron d’un détonant mélange d’inconscience et de rage. Sa fureur menace à chaque instant d’éclater. Extraordinaire Agrippine, Dominique Quesnel dompte le vers, mord dedans à pleines dents. Sa reine mère est torturée à souhait, renversante de nuances. En somme, voilà un Britannicus qu’un peu plus de cohérence aurait bien pu transfigurer.

Jusqu’au 24 février
Au Théâtre Denise-Pelletier
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