Dragon bleu, Dragon jaune : La nouvelle toile de l'Empereur
Scène

Dragon bleu, Dragon jaune : La nouvelle toile de l’Empereur

Dragon bleu, Dragon jaune, la nouvelle production du Théâtre du Double Signe, aborde le thème de la démarche artistique à travers l’histoire d’un peintre qui met la patience de son empereur à rude épreuve.

Hanté par des rêves récurrents mettant en scène deux créatures, l’Empereur du pays du Matin calme (Jean-François Blanchard) décide de faire appel à un artiste qui pourra le libérer de ses visions en les convertissant en une magnifique œuvre d’art. Le peintre Rushtayan (François Bienvenue), un vieux sage de 192 ans, acceptera de créer cette œuvre, mais à plusieurs conditions, qui en retarderont la livraison finale.

L’histoire de Dragon bleu, Dragon jaune est tirée d’un vieux conte coréen qui fait partie des classiques taoïstes. Le directeur artistique du Double Signe, Patrick Quintal, en signe l’adaptation et la mise en scène. L’homme de théâtre aime bien aller fouiner dans des contes lorsqu’il cherche des idées de pièces de théâtre. Avec sa plume affutée, il se plaît à explorer les méandres des personnages des histoires qu’il découvre. C’est ainsi qu’un conte d’environ 3 pages est devenu une pièce de 70 pages. "C’est mon travail d’auteur d’approfondir les personnages", observe-t-il.

Patrick Quintal aime bien s’entourer pour créer ses pièces. Dragon bleu, Dragon jaune a vu le jour grâce à une solide équipe d’artisans, dont la plupart faisaient partie de l’aventure Baba Yaga, l’un des succès du Double Signe. Plusieurs des créateurs, des comédiens au compositeur, participent à la conception de Dragon… depuis ses débuts. "Moi, c’est un processus qui me plaît beaucoup, souligne Patrick Quintal. Y’a une cohérence qui s’installe."

"Le conte a servi en quelque sorte de synopsis à la pièce. Après, il fallait trouver la manière de le raconter", poursuit-il.

ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIÈRE

Tout comme dans Baba Yaga, le théâtre d’ombres fait partie des éléments qui viennent raconter l’histoire. "Le théâtre d’ombres, c’est un art d’évocation", mentionne Marcelle Hudon, mordue de cette forme d’art depuis qu’elle a suivi un atelier avec le Teatro Giaco Vita. "Tu crées des mondes fabuleux avec pas grand-chose, contrairement au cinéma, où tu peux avoir plein d’effets spéciaux. Mais pour moi, ça [le théâtre d’ombres], c’est de la vraie magie", rajoute Patrick Quintal. "Ça rend l’humain plus grand de placer de la lumière devant", renchérit Marcelle Hudon, qui rappelle qu’à l’origine, le théâtre d’ombres a été créé pour évoquer les dieux.

La musique aussi ajoute à la magie d’une pièce. La trame sonore de Dragon… a été tissée par René Béchard, également présent depuis le début de la conception. Une chance rare, puisque la musique d’une pièce est plus souvent qu’autrement ajoutée à la toute fin du processus de création, comme la cerise sur un sundae. "Y’a une rythmique dans le texte qui s’installe grâce à ça", fait remarquer Marcelle Hudon, dont le frère Louis Hudon a conçu les décors et costumes de Dragon bleu, Dragon jaune. Autre histoire de famille: la musique de la pièce est interprétée en direct par René Béchard et sa fille Julie.

VIENS VOIR LES COMÉDIENS

Le texte de Dragon bleu, Dragon jaune est défendu par quatre comédiens. Habitué des productions du Double Signe, le Sherbrookois François Bienvenue donne vie à Rushtayan et le comédien montréalais Jean-François Blanchard, qu’on a vu dans des pubs de Fido, incarne l’Empereur. "Il fait un maudit bel empereur! lance un Patrick Quintal admiratif. On cherchait un acteur avec une maturité. On a passé cinq ou six personnes en audition, mais lui, il nous a impressionnés." Vrai qu’avec sa carrure et son regard perçant, l’homme a de quoi intimider.

De leur côté, Vladana Milicevic et Sylvie Marchand jouent plusieurs rôles, elles qui faisaient également partie de l’aventure Baba Yaga. En plus de narrer l’histoire en duo, elles manipulent la tête articulée du Conseiller et s’occupent de tous les jeux d’ombres.

ARTISTE OU CHARLATAN

Au cours de la pièce, les conditions du peintre prendront des allures de plus en plus farfelues. Il regardera d’abord l’Empereur dormir durant 10 nuits. Il exigera ensuite que le paravent destiné à accueillir son œuvre soit confectionné avec une soie noire, rarissime et si fragile que même les meilleurs tisserands du royaume n’arrivent pas à la tisser. Des exigences qui nous feront remettre en question sa démarche artistique. "Est-ce que Rushtayan est un véritable artiste ou un charlatan?" interroge Patrick Quintal. C’est ce qu’on pourra élucider au cours des prochaines semaines au Théâtre Léonard-Saint-Laurent.

Du mercredi au samedi
Jusqu’au 18 février
Au Théâtre Léonard-Saint-Laurent