

Inuussia : L’ère de glace
Inuussia donne l’occasion à Hélène Ducharme d’explorer librement un univers qui la fascine, celui de la culture inuite.
Tristan Malavoy-Racine
Photo : Robert Etcheverry
Un jour, sur une banquise du Grand Nord, une femme en devenir quitte sa peau de blanchon pour aller vivre chez les humains. Telle est l’origine d’Inuussia, la "femme-phoque" imaginée par l’auteure et metteure en scène Hélène Ducharme durant ses nombreux séjours au Nunavik.
Incarnée par Muriel Dutil, davantage connue pour ses interprétations des personnages de Michel Tremblay que pour ses incursions dans le théâtre jeunesse, Inuussia est aujourd’hui une vieille femme. Au terme d’une vie bien remplie, elle retourne sur la berge de sa deuxième naissance pour transmettre son savoir à Tirilou, une petite blanchonne appelée à connaître la même métamorphose. Pour peu qu’elle échappe aux griffes de l’ours blanc, symbole du danger et de la mort…
Avec son décor sobre mais imitant parfaitement les glaces polaires, avec ses jeux d’ombres simples mais évocateurs et ses figurines recréant parfois en miniature les scènes racontées par Inuussia, la pièce ouvre sur un monde à la fois issu de la légende et représentatif de la réalité des Inuits. Les diverses manipulations (musique en direct, accessoires) de Stéphan Côté, Pascal Delvaux et Marie-Claude Labrecque, laquelle manipule Tirilou, réfugiée dans le capuchon d’Inuussia, ajoutent par ailleurs beaucoup à la dynamique d’un spectacle qui demeure une forme de solo.
Le texte d’Hélène Ducharme, imagé au possible, mêle habilement divers degrés de discours, abordant des thèmes exigeants, dont ceux de l’isolement, de l’amour perdu, de la vieillesse et de l’arrivée de l’homme blanc chez les peuplades nordiques, sans jamais perdre l’attention de centaines d’enfants de 5 à 10 ans. Un exploit, qu’on doit attribuer aussi au jeu fluide et sans effets faciles de Muriel Dutil, d’autant plus que la trame de l’histoire se révèle très poétique mais plutôt linéaire, sans grands éclats, et surtout, fort risqué avec cette tranche d’âge, à peu près dénuée d’humour.
Sur ce plan, Inuussia, la femme-phoque souffre un peu de fouler les planches de la Maison Théâtre quelques semaines à peine après l’exceptionnel Wigwam, récipiendaire de deux Masques en décembre dernier et qui, dans le même registre du Grand Nord, mariait richesse narrative avec davantage de rebondissements. Un contraste qui révèle à la fois la force et la limite de la troisième production du Théâtre Motus, dont on se demande par moments si elle n’émeut pas les parents plus que leurs enfants.
Jusqu’au 12 février
À la Maison Théâtre
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