

La Société de Métis : Un objet de beauté
La Société de Métis, de Normand Chaurette, nous fait entrer dans un monde mystérieux et fascinant, entre peinture et théâtre.
Marie Laliberté
Photo : Alexandre Mattar
Dans la solitude de leur musée, les habitants de trois toiles s’animent. Se plaignant de l’ennui de leur existence de portraits, du presque oubli dans lequel les plongent les tableaux rivaux, ils évoquent des souvenirs. Parlant d’une voix monocorde, ils bougent d’abord imperceptiblement, puis plus franchement, jusqu’à sortir du cadre. Ces fantômes – Zoé Pé, grande dame de Métis, et ses amis – revivent alors devant nous quelques événements de l’été 1954, époque où furent peints ces portraits.
L’œuvre de Chaurette ouvre sur un univers étonnant. Où, malgré la beauté du fleuve et du ciel, on s’ennuie ferme, où se voisinent désœuvrement et promenades, rêves étranges, confidences et manipulations. À l’image de l’œuvre musicale dont s’est inspiré l’auteur – Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski -, la pièce présente motifs récurrents, variations, mouvements se développant pour raconter l’histoire de ces portraits et des personnages qu’ils représentent. Troué de quelques ellipses, le texte, qui n’exclut pas un certain humour très fin, révèle surtout l’obsession de Zoé Pé, hantée par le désir d’obtenir ces portraits, de posséder son image et, par là, de conquérir l’éternité.
Les comédiens, entre souplesse de la vie et une certaine raideur, celle des images, incarnent avec grâce ces personnages naviguant entre deux mondes. Ils sont tous excellents: Érika Gagnon, en grande dame aux caprices impérieux, Hugo Lamarre, en jeune aveugle à l’apparence pure, Guy Mignault, sage et calme parmi ces êtres fragiles et Lina Blais, en jeune femme à l’équilibre précaire, pleine d’idées bizarres.
Les éléments visuels, superbes, concourent également à la beauté de l’ensemble: les costumes, perruques et maquillages (Isabelle Bélisle) ainsi que le décor (Jean Hazel) placent constamment les personnages entre œuvre d’art et réalité. Exploration inventive du thème de la pièce, toute l’esthétique du spectacle devient elle-même œuvre remarquable.
Splendide, La Société de Métis, mise en scène par Joël Beddows, est une pièce exigeante, comme le sont les œuvres de Chaurette: voilà un spectacle lent, un peu contemplatif, magnifique et envoûtant.
Jusqu’au 12 février
Au Théâtre Périscope
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