Reste avec moi ce soir : Le feu sacré
Scène

Reste avec moi ce soir : Le feu sacré

Reste avec moi ce soir réunit un duo d’acteurs exceptionnel: Jean-François Casabonne et Sylvie Drapeau. Le metteur en scène Jean-Frédéric Messier nous en parle avec enthousiasme.

"Je suis arrivé chez moi et il y avait un message de Denise Filiatrault m’informant que Sylvie Drapeau m’avait recommandé pour une mise en scène. J’ai écouté le message huit fois pour m’assurer qu’il n’y avait pas erreur sur la personne", nous dit Jean-Frédéric Messier. En fait, il était très heureux d’apprendre tout ça et fort honoré; seulement, on ne l’associe pas naturellement avec le Rideau Vert, et en plus, Sylvie Drapeau est non seulement l’une de ses idoles, elle fut également l’une de ses inspirations.

Denise Filiatrault a vu à Paris cette pièce qui, selon Messier, est "destinée à devenir un classique du théâtre contemporain", et qui représente aussi "une force d’écriture et du bonbon pour les acteurs". Écrite par Flavio de Souza, né à Sao Paulo en 1955, et adaptée par Louis-Charles Sirjacq, un Breton, Reste avec moi ce soir nous entraîne dans l’intimité d’un couple. Après le décès de son mari, une femme le ramène au monde afin de panser de vieilles blessures et déterrer des silences qui freinent son évolution. "Elle est confrontée à la mort subite de son mari et elle décide de rejeter complètement tout protocole religieux, funéraire. Elle ne veut pas de cercueil à la maison, pas de curé, et elle met tout le monde dehors, ce qui n’est pas habituel selon les rituels brésiliens. Elle se dit qu’elle n’a pas besoin de tout ça et qu’elle doit plutôt demeurer seule. Elle a ses comptes à régler avec l’esprit de son mari et lui donne donc rendez-vous à minuit. Elle crée ce que j’appelle une zone d’autonomie temporaire, où c’est elle qui décide des règles et du fonctionnement."

Les rituels, le sacré, le profane, l’affranchissement: on reconnaît bien là les thèmes chers à Messier. "Elle s’affranchit de bien des choses pour rejoindre quelque chose de sacré mais de profane. J’avais déjà le même propos dans mon travail, que l’on est assez grand pour se réinventer notre sacré, et c’est exactement ça que le personnage fait ici." La pièce de Flavio de Souza vient donc pousser davantage les recherches de Messier, et plutôt que de l’éloigner du territoire américain, elle l’élargit. "Ça rejoint ma préoccupation de travailler sur des sujets provenant de notre continent, car je me sens davantage lié, par exemple, à la culture sud-américaine qu’à la culture européenne. Il y a plein de parentés à établir sur le plan de l’héritage colonial, de l’héritage religieux catholique, du profane, du sacré païen qui essaie de tasser la religion dominante pour reprendre sa place. Et il y a ce qui a rendu célèbre la littérature sud-américaine: le réalisme magique."

Si Messier est visiblement très impressionné par le travail de Sylvie Drapeau, il affiche un sourire ravi et complice à l’évocation de Jean-François Casabonne, qui complète pour lui une distribution de rêve: "Ça prenait vraiment quelqu’un comme lui. Il écrit, s’intéresse au sacré (il a publié Jésus de Chicoutimi), c’est un marcheur, un poète, un chanteur, quelqu’un de sensible aux symboles, au mysticisme." La pièce a donc été montée à trois. "Avec Jean-François, on a pu construire un personnage où la mort a une mission. Il est là pour que sa veuve règle des affaires, car elle ne peut vivre toute sa vie ainsi. Elle doit pardonner ces choses enfouies sous le tapis dont ils n’ont jamais discuté. C’est lui qui l’amène dans les zones les plus sombres pour regarder la merde en face afin qu’elle s’en détache. Ce n’est pas un mort passif! Ce spectacle aurait facilement pu être un solo pour Sylvie Drapeau, qui aurait par ailleurs fait un excellent boulot, mais on en a vraiment fait un duo exceptionnel, ce qui est d’autant plus intéressant."

Du 7 février au 4 mars
Au Théâtre du Rideau Vert
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