Dominick Parenteau-Lebeuf : Les règles de l'art
Scène

Dominick Parenteau-Lebeuf : Les règles de l’art

Dominick Parenteau-Lebeuf dévoile Visite guidée, une première pièce destinée au théâtre d’été.

Qui l’eût cru? L’auteure de Dévoilement devant notaire, La Petite scrap et Filles de guerre lasse, des oeuvres denses (sur le fond comme sur la forme), féministes, revendicatrices et dérangeantes, signe une première pièce destinée au théâtre d’été.

Aussi saugrenu que cela puisse paraître, les membres du Petit Théâtre DuNord, une compagnie qui présente, chaque été depuis 1998, des créations drôles et intelligentes, des textes inédits, originaux et exclusifs (L’Espace entre nous, Terminus, Les Envahisseurs), ont proposé à Dominick Parenteau-Lebeuf d’écrire leur prochain spectacle. Cette carte blanche, la dramaturge, toujours prête à relever de nouveaux défis et surtout à briser son image dramatique, l’a saisie sans l’ombre d’une hésitation. Ainsi, cet été, entre les murs de la charmante Grange du Domaine Vert, à Mirabel, Marie-Ève Bertrand, Simon Boudreault, Éloi Cousineau et Marie-Ève Pelletier défendent Visite guidée, une comédie mise en scène par Sébastien Gauthier. "Ce que j’aime, lance la dramaturge, c’est être là où on ne m’attend pas et où je ne m’attends pas."

L’an dernier, en terminant l’écriture de Parc Lafontaine, une pièce destinée au jeune public où évoluent 32 personnages (elle a été créée par les étudiants de l’école Élan de Montréal et publiée chez Lansman), Dominick Parenteau-Lebeuf a le sentiment d’avoir relevé un défi colossal. Elle déclare à son amie Paule Baillargeon, la réalisatrice: "Après être passée au travers de ça, je peux tout écrire. Je pourrais même écrire une comédie d’été avec des portes qui claquent!" Une semaine plus tard, le téléphone sonnait et Luc Bourgeois, l’un des codirecteurs artistiques du Petit Théâtre DuNord, faisait sa grande demande. Comme quoi, quand les planètes s’alignent, rien ne sert de résister! "Ils sont venus me chercher pour une raison bien précise. Ils m’ont dit: "La compagnie existe depuis huit ans et on n’a jamais eu d’écriture féminine ou même de personnages féminins au centre de l’action. On pense que tu es la bonne personne pour faire ça!"" Il faut bien avouer qu’au sein de la dramaturgie québécoise actuelle, l’écriture de Parenteau-Lebeuf est probablement l’une des plus "féminines": "Qu’est-ce que ça veut dire, une écriture féminine? Je ne sais pas, mais chaque fois on me dit que ce que j’écris est féminin, et le plus merveilleux c’est que ça ne semble pas être un défaut."

DANS LES COULISSES DU MUSÉE

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la dramaturge de 35 ans n’en est pas à ses premières armes en matière de comédie. "Au cours des cinq dernières années, j’ai écris trois pièces humoristiques. Ce qui est étrange, c’est qu’elles ont été créées hors de Montréal – Radiations Tcherenkov (Théâtre du Nouvel-Ontario), Portrait chinois d’une imposteure (Théâtre français de Toronto) – ou alors dans un contexte scolaire – Parc Lafontaine (dont il a été question précédemment)." Il en sera de même pour Visite guidée, puisque la première comédie "officielle" de Dominick Parenteau-Lebeuf sera créée en banlieue de Montréal: "Je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que tout ce qui est plus comique se tient en périphérie."

À travers une intrigue abracadabrante, le spectacle aborde un sujet de taille: la place du spectateur dans l’art. "Parler du fonctionnement de l’art, c’est parler du fonctionnement de la société." Félicie Folavoine est guide dans un musée de province. L’exposition en cours présente une collection de bas-reliefs datant de la chute de l’empire romain, des oeuvres banales qui sont loin d’attirer les foules. Un jour, Hypolythe de Saint-Ours, un visiteur, en fait le seul, se trouve fasciné par une pièce intitulée L’adoption du petit Goth. Se prenant d’affection pour le jeune homme, la guide se met à inventer, pour le retenir, l’histoire de ladite sculpture: fabuleux récit dans lequel Hypolythe plonge corps et âme, jusqu’à entraîner Félicie dans son sillage. Né de la confrontation du réel et de l’art, le périple est plein de rebondissements et de rencontres; haute en couleurs, l’aventure est aussi intellectuelle que burlesque: "C’est une comédie où il y a assez de substance et de sérieux pour que je n’aie pas honte de la montrer. Au fond, c’est la suite de Portrait chinois d’une imposteure. C’est conséquent avec tout ce que j’ai écrit. Je sens que mon écriture se situe de plus en plus au confluent de la tragédie et du comique. Je pense que c’est ma veine."

Du 29 juin au 26 août
Au Petit Théâtre DuNord
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