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Scène

Doubles Territoires : La part de l’autre

Avec la série Doubles Territoires, Tangente divise sa scène en deux pour y installer des univers totalement différents. Un défi pour les chorégraphes en corps à corps avec le public.

Un jour prochain mais encore très lointain, Tangente, lieu d’émergence et de maturation de la nouvelle danse, sera relocalisé et doté d’une grande salle reconfigurable à chaque spectacle selon les désirs et besoins des créateurs. Sa directrice, Dena Davida, a décidé de concrétiser partiellement ce rêve pour mieux continuer à le nourrir jusqu’au déménagement tant attendu. Profitant de la profondeur de la scène actuelle de Tangente, elle l’a transformée en deux salles de spectacles dont les artistes peuvent disposer à leur goût. Séverine Lombardo et Karina Iraola inaugurent le concept cette semaine, suivies de Ségolène Marchand et de Peter Trozstmer à partir du 30 novembre. Chacun a composé à sa façon avec les contraintes de cet espace réduit.

Pour Les Soeurs Papin, qui plonge dans les mystères de la psyché des protagonistes d’un crime horrible perpétré en France en 1933, Karina Iraola a trouvé d’heureuses conditions de création. "Le concept m’a tout de suite plu parce que je voyais l’espace comme une métaphore de l’esprit étroit et renfermé de Christine, une des deux soeurs Papin, explique la jeune chorégraphe. Le public devient un cinquième personnage qui observe et qui va bousculer notre façon d’interpréter la pièce. Par exemple, la proximité des spectateurs ajoute à la dimension paranoïaque et l’interprète qui joue le rôle de Christine n’a pas besoin de forcer la note." De ce côté-ci du rideau, les spectateurs se répartissent en L.

De l’autre côté, Séverine Lombardo a calculé que la disposition classique, à l’italienne, était l’option qui lui laissait le plus de latitude pour faire évoluer les trois interprètes. Elle les éclaire depuis la scène de manière intermittente. "Switch est une prolongation de la réflexion sur l’espace que j’avais amorcée dans Manège à vide, commente la jumelle de la compagnie Les Soeurs Schmutt. Pour contourner la contrainte de travailler dans un mouchoir de poche sans profondeur, j’ai décidé d’utiliser la lumière: comme la salle n’est jamais totalement éclairée, l’espace est sans arrêt redéfini. Et comme la pièce joue sur les transformations du corps et de l’espace, c’est gagnant que le public soit aussi proche parce qu’il est plus investi physiquement."

La proximité fait partie des avantages majeurs du concept des Doubles Territoires. Elle a incité Karina Iraola à favoriser les solos, et pour Peter Trozstmer, absolument seul sur scène, elle crée l’intimité rêvée avec la soixantaine de spectateurs qu’il dispose en U, comme pour mieux l’englober. "Je travaille beaucoup à faire tomber le 4e mur pour établir une communication avec le public où je peux donner et prendre, précise l’interprète de Synthesis as Composure, collage de fragments chorégraphiques de sept créateurs différents. Ma performance est une sorte de folle équipée où je me place en situation de vulnérabilité, aussi ouvert et honnête que possible, entre les mains du public, en position d’être accepté ou rejeté."

Tandis que cet explorateur solitaire des frontières entre inhibition et désinhibition se livre à une intense prise de risque, les cinq interprètes de Ségolène Marchand cherchent à transmettre par voie kinesthésique leurs Turbulences internes. "Le dispositif que j’ai choisi est de deux rangées de spectateurs placées en face à face, explique l’artiste multidisciplinaire. C’est en partie pour pouvoir placer dans un angle des flocons de Styrofoam sur lesquels je veux projeter des images vidéo, même si je ne sais pas encore si techniquement, ça va marcher. Du coup, la progression se fait plus ou moins en diagonale et selon où il est placé, le spectateur peut avoir l’impression d’évoluer avec le groupe."

Qu’ils l’aient choisie au départ ou qu’ils l’aient plutôt subie, la contrainte des Doubles Territoires a été une aventure passionnante pour tous les artistes et on imagine sans peine qu’elle le sera aussi pour les spectateurs. On aura d’ailleurs une nouvelle occasion de goûter les fruits de ces explorations originales au printemps, mais il n’est pas dit que l’expérience soit reprise l’an prochain: en plus d’être coûteuse, elle s’avère un véritable casse-tête technique du fait de l’exiguïté des locaux. La chorégraphe Séverine Lombardo souligne cependant que le concept a l’avantage de prouver que la danse peut se faire dans de très petits espaces et elle espère qu’il saura inspirer des diffuseurs à la tête de petites salles comme le Mai, le Théâtre de Quat’sous et autres. "Parce que l’idée, ce n’est pas de créer pour rentrer dans une seule case, mais de faire vivre nos créations plus que quatre ou cinq soirs", rappelle-t-elle. À bon entendeur, salut.

Du 23 au 26 novembre et du 30 novembre au 3 décembre
À Tangente
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