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Scène

Luce Pelletier : Grandeur et décadence

Luce Pelletier a jeté son dévolu sur Under Construction, une pièce de Charles L. Mee, pour ouvrir le Cycle états-unien du Théâtre de l’Opsis.

Après le théâtre de Tchekhov et la figure d’Oreste, après la Russie et la Grèce antique, c’est à la dramaturgie de l’Oncle Sam que le Théâtre de l’Opsis a choisi de se consacrer. Pour amorcer ce Cycle états-unien, Luce Pelletier, directrice artistique de la compagnie depuis 1994, a retenu une pièce qui offre une vue d’ensemble. Écrite en 2005 par Charles L. Mee, Under Construction est une ambitieuse fresque, une mosaïque où s’affrontent, en une trentaine de tableaux contrastés, les courants culturels et idéologiques les plus radicaux. Ici, théâtre, danse et chanson rendent hommage à la grandeur et à la décadence des États-Unis d’hier et d’aujourd’hui.

Si la metteure en scène s’engage dans un tel cycle, c’est pour changer de registre: "Sans doute que ce cycle va me permettre de découvrir l’épaisseur de la dramaturgie états-unienne, mais j’ai fait ce choix avant tout parce que je voulais casser quelque chose. Après trois ans de tragédie, j’ai décidé d’aller ailleurs, là où je n’étais jamais allée, où je suis complètement novice." À une époque où l’antiaméricanisme ne cesse de gagner en popularité, il faut admettre que le geste est téméraire: "C’est à cause de ça que j’ai choisi de le faire. C’est tellement présent que j’ai envie d’aller voir plus loin. Je me dis que ce n’est sûrement pas juste ça, les États-Unis, il y a sûrement autre chose."

COURTEPOINTE À L’AMÉRICAINE

Under Construction a été mise en lecture par la SITI Company de New York l’an dernier, mais n’a jamais été portée à la scène. Elle sera donc présentée pour la toute première fois à Montréal. Auscultant le corps et l’âme de nos voisins du sud, l’oeuvre décrit, dénonce et provoque, et elle le fait sans jamais prêcher. Comme s’il était confronté à un miroir, une surface qu’il estimera peut-être grossissante ou déformante, le spectateur québécois risque de buter pendant et même après la représentation sur une seule et même question: suis-je américain?

Comme pour répondre à cette épineuse question, la pièce s’engage, tambour battant, dans de très nombreuses avenues. Le puritanisme des années 50 côtoie la beat generation, le mouvement hippie, la no wave et le punk, tous les stéréotypes de l’Amérique sont conviés. On aperçoit, de manière plus ou moins franche, Norman Rockwell, Charles Bukowski, William Burroughs, John Cage et bien d’autres grands artistes américains: "Au début, ça paraît très étrange. Puis, dans l’accumulation, il y a pour ainsi dire une histoire qui se construit. À la fin, par je ne sais quelle magie, ça devient touchant."

Pour mener à bien une telle aventure, Luce Pelletier a notamment misé sur Louise Cardinal, Jean-François Casabonne, Caroline Lavigne, François-Étienne Paré, Daniel Parent et Geneviève Rioux, des comédiens d’horizons différents qui ont courageusement accepté de communiquer leur ardeur au manège.

C.V.

Né dans l’Illinois en 1938, Charles L. Mee fait figure d’ovni dans le paysage théâtral états-unien. Il semble que les séquelles physiques de la polio, maladie qu’il contracta à l’âge de 14 ans, ne soient pas étrangères à la nature profondément fragmentaire de son écriture. Depuis le début des années 80, le dramaturge écrit beaucoup, le plus souvent sous l’influence de la tragédie grecque ou de certains des plus grands artistes de son pays. Parmi la trentaine de pièces qu’il a signées, mentionnons Big Love, True Love, Orestes 2.0, Trojan Women: A Love Story, Hotel Cassiopeia et bobrauschenbergamerica. Aussi érudite que sensuelle, l’oeuvre de Charles L. Mee offre aux Nord-Américains une troublante réflexion d’eux-mêmes. On peut télécharger tous les textes de l’auteur sur son site Web: www.charlesmee.org.

Jusqu’au 16 décembre
À la Salle 2 du Théâtre Espace GO
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