Le dernier Don Juan : L'homme bredouille
Scène

Le dernier Don Juan : L’homme bredouille

Le dernier Don Juan de Neil Simon provoque rigolades et réflexions, malgré quelques longueurs qui viennent alourdir le résultat final.

Années 60. Lorsque Bernard tente de résumer sa vie, trois mots lui viennent en tête: pas si pire. Âgé de 47 ans et propriétaire d’un restaurant de fruits de mer depuis belle lurette, il se découvre une envie pressante de décrire son existence à l’aide de qualificatifs plus excitants. Père de trois enfants et fidèle à son épouse depuis 23 ans, il se met en tête de partager un moment de plaisir extraconjugal avec une femme séduisante. Il souhaite que cette escapade soit hautement romantique. Manque de chance et comédie oblige, les femmes qu’il choisit pour combler ses désirs secrets ne sont malheureusement pas mues par les mêmes motivations que lui et, en plus d’avoir des personnalités aux antipodes de la sienne, présentent quelques symptômes de névrose plutôt déconcertants…

PERSONNAGES SAVOUREUX

Cette comédie, écrite en 1969, se divise en trois parties. Chaque rencontre entre Bernard (Claude Prégent) et ses heureuses élues représente une histoire en soi, où s’entremêlent malaises, jeux de séduction et tentatives maladroites de compréhension de l’autre. Le premier tableau est certainement le meilleur moment de la pièce. Bernard reçoit Hélène (excellente Diane Lavallée), une cliente de son restaurant. Dans la quarantaine, cette femme sûre d’elle et froide au point de mettre "des gants de laine pour enlever ses sous-vêtements", n’en est pas à sa première aventure et avoue sans gêne aimer faire l’amour. L’eau de rose dans laquelle Bernard tente de submerger Hélène fait naître en elle un humour sarcastique et donne lieu à quelques répliques ô combien savoureuses! Cette attitude déstabilise le don juan en herbe, et les échanges qui s’ensuivent ne manquent pas de mordant. Refroidi, Bernard décide de passer à un autre appel… Vient le tour de Judy, une jeune pseudo-actrice verbomotrice qui n’a pas inventé la poudre… Édith Cochrane livre ici une performance hilarante. Le côté caricatural de son personnage – qui nage en plein délire paranoïaque! – occasionne des rires tout en amoindrissant la profondeur de la situation qui s’étire en longueur. Puis, Bernard accueille Janette (Marie Michaud), la femme dépressive de son meilleur ami… Entre deux Valium et quatre statistiques déprimantes, cette dernière sert à son hôte un discours teinté de tristesse et de mélancolie sur l’impossible quête du bonheur. Ici aussi, on en vient à souhaiter un dénouement hâtif, puisque l’un et l’autre des personnages – bien que savoureux en soi – ne semblent plus rien s’apporter mutuellement.

COMÉDIE, COMÉDIE

L’ensemble présente malgré tout un savant mélange de drames humains et de passages fort comiques, comme la plupart des pièces de Neil Simon. Parce qu’il est marié, Bernard reçoit ses maîtresses chez sa mère! Toute l’action se déroule dans cet appartement, décoré à l’image d’une vieille dame des années 60! Comme il craint de laisser des traces de son passage, l’antihéros traîne dans une mallette ses verres et sa bouteille de scotch, chuchote pour ne pas éveiller les soupçons de la vieille voisine écornifleuse ou encore suit ses invitées avec un mouchoir pour effacer leurs empreintes laissées sur la table! Il cultive également une originale manie…

Claude Prégent arrive à communiquer au public le sentiment d’urgence de vivre de cet homme qui, à l’aube de la cinquantaine, tente de profiter au maximum de la vie. On sent chez lui l’excitation de celui qui prépare un mauvais coup. Monique Duceppe signe une mise en scène simple et réaliste, dans laquelle le décor de Marcel Dauphinais occupe une place de choix. En fond de scène, des buildings et un ciel de ville appellent l’oeil. Un divertissement sympathique pour les vacances de Noël.

Jusqu’au 3 février 2007
Au Théâtre Jean-Duceppe
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