RBO : The Bye Bye
Scène

RBO : The Bye Bye

Le 31 décembre au soir, tirez les rideaux, préparez-vous un bon bol de crastillon et remettez la switch à bitch. C’est l’événement télé le plus attendu de l’année: le Bye Bye, sauce RBO.

Ils étaient cinq garçons. Ils ont fini quatre. Pendant 14 ans, ils ont joué les Dalton du showbiz québécois. À la place des canons, ils avaient des gags. Il y avait le maigre, le petit et le beau, le moustachu et puis le gros (qui n’était même pas gros).

Adolescents attardés à la gâchette facile, ils ont tiré sur tout ce qui bouge. Sur Belgazou en particulier. Cela, jusqu’à ce que leurs chemins se séparent en 1995.

Après quoi, les clowns ont disparu. Abracadabru.

Depuis, les méchants garnements se sont réinventés ailleurs. Guy A. Lepage a malheureusement animé Besoin d’amour. Il a ensuite fait fortune avec Un gars, une fille, puis a signé un film, Camping sauvage, avant d’être couronné roi du dimanche à Tout le monde en parle. Cette année, il a été l’artisan des médias le plus cité au Québec, selon Influence communication. Il l’admet lui-même, il a eu "la marde au cul".

Yves Pelletier s’est vite décroché un boulot de chroniqueur à L’enfer, c’est nous autres de Julie Snyder. Il a ensuite formé un duo d’humour avec Martin Drainville, avec qui il a monté un spectacle et lancé un disque. Il a surtout embrassé le 7e art, son rêve de toujours, avec Karmina (I et II) et Les Aimants (2004).

André Ducharme s’est rivé le nez sur Méchante semaine (TVA), puis s’est retrouvé prof d’éducation physique dans Virginie. Aujourd’hui, il souffle aussi des mots doux tous les dimanches dans l’oreille de son ami Guy A. à Tout le monde en parle.

Bruno, quant à lui, a coanimé Les Grandes Gueules à Radio Énergie de 1995 à 1999. Il a animé des émissions comiques à TQS (Méchant malade, Une fois c’t’un gars). Il a créé un spectacle solo et lancé un disque de Ringo Rinfret, prophétiquement intitulé N’achetez pas ce disque. Depuis quelque temps, on le voit moins. Il signe la mise en scène du spectacle d’un duo de jeunes humoristes, Les Deux. Il fait aussi la narration d’émissions de vidéos drôles à TQS et tripatouille les textes de l’imitateur Martin Dubé.

Depuis sa séparation, RBO ne s’était reformé qu’une seule fois, le temps d’un numéro musical au gala de l’ADISQ il y a quelques années.

Puis, cette joyeuse annonce tombée du ciel à la fin de l’été dernier.

"S’il y a une chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est bien celle-là", laisse tomber notre ami Bruno à propos du prochain Bye Bye de RBO, un délire de 1,4 million de $. La revue de l’année la plus attendue de 2006.

La décision de lancer cette aventure s’est prise en deux minutes, quelque part dans la tour de Radio-Canada. Un bref conciliabule des quatre garçons dans le vent et c’était un go. "On avait le goût de retravailler ensemble, c’est tout", précise André Ducharme.

L’événement marque deux retours. Celui du groupe-culte, mais aussi celui d’une tradition télévisuelle démarrée en 1968, et répétée jusqu’en 1998. Celle du Bye Bye de fin d’année. Pour notre plus grand plaisir, ce sont donc deux monuments qui sortent des boules à mites.

"Cela fait tellement longtemps qu’on n’a pas fait de parodies, ajoute Bruno. À la fin de RBO Hebdo, à Radio-Canada en 1995, on en était rendu à penser à parodier le canal de météo. On s’était moqué d’à peu près tout ce qui pouvait l’être." Heureusement, une décennie plus tard, le stock de choses à parodier s’est passablement renouvelé.

Il y a désormais Stephen Harper et George W. Bush. Il y a le nouveau chef du Parti libéral, Stéphane Dion, et André Boisclair. Il y a le petit Jérémy, Loft Story, Star Académie, Éric Salvail. Certains doivent frémir à l’heure actuelle…

DANS LE BON VIEUX TEMPS…

Et dire que RBO est parti de rien. Un noyau de copains du baccalauréat en communication de l’UQÀM. Ils se sont retrouvés, au début des années 80, derrière les micros à senteur de pot de la radio communautaire CIBL. Ils étaient des amateurs de musique rock, new wave et punk qui voulaient partager leurs goûts musicaux et en profiter pour pondre quelques sketches comiques. "Au bout de 10 minutes, c’est devenu une émission entièrement humoristique", se souvient Yves.

C’est à CIBL que ce groupe naissant baptisé Rock et Belles Oreilles inventera des personnages qui deviendront célèbres, tels que monsieur Caron ou madame Brossard.

Ils seront bientôt recrutés par la radio commerciale CKOI, avant que Guy Fournier ne les engage en 1986 pour égayer les ondes de la jeune chaîne Télévision Quatre Saisons. Au départ, leur émission hebdomadaire présentait des sketches entrecoupés de vidéoclips. "Mais après deux ou trois mois, c’est devenu une émission entièrement humoristique", se souvient encore une fois Yves.

La suite, on la connaît. RBO a poursuivi sa carrière télévisuelle à TVA, puis à Radio-Canada (RBO Hebdo). Le groupe a enregistré des disques et fait des tournées de spectacles aux quatre coins du Québec. Au passage, ils ont créé des controverses monstres. Souvenons-nous seulement de ce sketch sur le 4e Reich, une parodie du régime nazi où les politiciens québécois faisaient vivre l’horreur des camps de la mort à des anglos-québécois. C’était peut-être un tout petit peu exagéré… "Rien ne laissait présager cela pour RBO, dit André. Mais on était tête de cochon et on fonçait malgré les critiques."

En mai 1995, on apprenait la séparation du groupe. Pas de drames, pas de chicanes. Seulement un désir pour les quatre pas fins de passer à autre chose. "La réalité, c’est qu’on n’avait plus d’offres sur la table, dit André. Notre émission RBO Hebdo n’était pas renouvelée. Il aurait donc fallu refaire des spectacles. Ça ne tentait pas à tout le monde. Alors on s’est dit qu’il était peut-être temps pour RBO de suspendre ses activités."

LE SYNDROME DU VIEUX BAND

Après 11 ans, est-il simple de remettre le nez de clown de RBO? "Retrouver nos automatismes nous a pris environ 10 secondes, dit Yves. RBO fait partie de notre instinct. Il y a des bouts où je nous regarde, et c’est comme si on n’avait jamais arrêté!" En fait, le groupe semble s’être engagé dans l’aventure du Bye Bye avec cette saine insouciance adolescente qui l’a toujours guidé. "On va le faire sans penser aux conséquences, sans essayer de ménager les susceptibilités", dit Guy.

N’empêche, RBO pourra-t-il se débarrasser du syndrome du vieux band qui décide de se réunir après une absence prolongée? Forcément, les attentes des fans sont élevées, démesurées. Avec le temps, on les a glorifiés, mis sur un piédestal… De quoi faire de l’urticaire. "S’il fallait penser à ça, dit Guy, on ne l’aurait pas fait. Mais il est évident qu’on sera en concurrence avec notre propre passé." "Pour certaines personnes, ajoute André, RBO est quasiment mythique. Et l’idée qu’elles ont fini par se faire de nous est bien meilleure que ce que RBO était dans la réalité."

Pour ce Bye Bye, le groupe ne sombrera toutefois pas dans la nostalgie. Pas question de recycler les vieux personnages simplement pour satisfaire les attentes du public. En d’autres mots, la famille Slomeau ne sortira du placard que si elle est la mieux placée pour servir le gag. "Tout de même, nuance Bruno, est-ce que The Eagles pourraient revenir sur scène sans jouer Hotel California?"

Que nous réserve donc cette revue de l’année? "On ne parodie personne, ce sera un gros show rempli de choses consensuelles", dit Yves sur le ton de l’ironie. On a eu beau essayer, rien ne filtre. C’est motus et bouche cousue. Dans le format toutefois, ce Bye Bye ressemblera aux spéciaux La Grande Liquidation des Fêtes que le groupe a présentés à TVA, à la fin des années 80. Donc, des sketches, des chansons, des parodies. D’ailleurs, il sera difficile pour le groupe de ne pas égratigner Tout le monde en parle. Guy se parodiera-t-il lui-même? On le saura le 31 décembre!

Le Bye Bye de RBO, à Radio-Canada, le dimanche 31 décembre, 23 h. L’émission sera aussi diffusée sur Internet (www.radio-canada.ca) et sur la Première Chaîne (95,1 FM).

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I WANT TO PLOGUE

Les nostalgiques de RBO auront de quoi se remplir les oreilles pendant le temps des Fêtes. Le groupe a décidé de rééditer trois disques d’antan (un CD simple et un CD double). Ainsi, The Disque (d’abord lancé en 1986) regroupe 25 sketches et chansons du temps de CKOI. En bonus, sept sketches tirés de RBO – The Spectacle. C’est bien, mais si vous n’avez qu’un seul disque de RBO à demander au père Noël, on vous suggère plutôt le CD double The Tounes / The Sketches. On y trouve d’abord une compilation des meilleures chansons du groupe, dont évidemment Arrête de boire, Pourquoi se droguer?, Le Feu sauvage de l’amour, I want to pogne, mais aussi un splendide medley des grands succès du groupe, revisités par un orchestre symphonique! L’autre CD propose quant à lui une brochette de 43 sketches. Des classiques indémodables tels que Génies en herbe, Madame Brossard ou l’hilarant Grammaire compliquée, mais aussi quelques vieilles raretés, du early RBO à découvrir.