Revue 2006 – Théâtre : Second regard
Scène

Revue 2006 – Théâtre : Second regard

L’année 2006 en théâtre: quelques grands textes, une force créatrice en pleine ébullition. En voici un aperçu.

Coup de coeur de 2006: En attendant Godot, à la Bordée, dans la mise en scène de Lorraine Côté. Regard tendre sur les personnages, perdus dans une attente sans fin, images de nous-mêmes et de notre vie; jeu plein de finesse et d’humour des comédiens, dont Jacques Leblanc et Jack Robitaille en clochards existentiels; mise en scène sensible, inventive et ludique; créations étonnantes des concepteurs, dont la très belle machine à faire passer le temps. Résultat: un spectacle magnifique, qui rend hommage à Beckett tout en posant sur sa pièce un regard singulier, plein d’émotion.

En mars, Jacques le fataliste, de Kundera, passe en un tourbillon d’enthousiasme, emmenant au Trident la joyeuse bande de Pupulus Mordicus. Martin Genest y prouve une fois de plus son grand talent de metteur en scène, s’affirmant comme un artiste au regard original, dont le travail frappe par son audace et sa très grande cohérence. Avec lui, brillante et folle équipe, de comédiens, de concepteurs, pour présenter cette fable devisant avec légèreté du pouvoir de l’humain sur sa destinée.

Côté création, deux très riches productions. On achève bien les chevaux, libre adaptation par Marie-Josée Bastien du roman de Horace McCoy, dont elle assure aussi la mise en scène. De ce travail énorme est né un spectacle fort, plein d’humanité, sur la misère mais aussi sur le courage des petites gens, en temps de récession et d’exploitation. Mise en scène énergique, scénographie simple et efficace, comédiens complètement investis font de cette coproduction Enfants Terribles-Niveau Parking un des très beaux spectacles de l’année.

À retenir également: Lucy, des Nuages en pantalon. Relatant le voyage vers le désert du Nevada de plusieurs personnages dont les destins se croisent, la pièce peint aussi avec délicatesse le voyage de chacun vers l’intérieur. Spectacle plein de profondeur, parfaitement bouleversant par moments, Lucy propose de plus un voyage vers les origines, une réflexion sur notre condition, à travers la présence évocatrice de Lucy, notre lointaine ancêtre, incarnée avec grâce par la danseuse Arielle Warnke-St-Pierre.

Dans le créneau du théâtre émergeant, signalons deux productions. Quand le sage pointe la lune, le fou regarde le doigt, création du Soucide collectif, où trois clowns s’interrogent, entre candeur, ironie et inquiétude. Mélange de fantaisie et de gravité, le spectacle charmait par sa poésie, sa beauté un peu absurde, onirique. Aussi, la reprise des Cercueils de zinc, théâtre documentaire percutant du Théâtre les Anonymes.

De la plupart de ces spectacles aux esthétiques variées émerge une étonnante unité thématique: réflexions sur la vie et son essence, conduites avec sérieux ou avec une bonne dose de fantaisie. Si ces productions témoignent d’inquiétudes et d’interrogations, elles soulignent aussi la force et l’originalité de nos créateurs, qu’ils soient tout jeunes ou chevronnés, et quels que soient leurs moyens. De quoi se réjouir.

FLIP

LE CARREFOUR INTERNATIONAL DE THEATRE DE QUEBEC

Parmi les joies de cette année, la présentation, après un sauvetage in extremis, du Carrefour international de théâtre de Québec. Il aura fallu que l’équipe du Carrefour prenne la décision d’annuler la 8e édition du plus grand festival de théâtre de la province pour que le gouvernement débloque des fonds rendant finalement possible la tenue de l’événement. Le Carrefour, malgré des salles combles et un resserrement récent de son budget, n’arrive toujours pas à faire ses frais. La raison? La hausse des coûts de production combinée à la diminution constante des subventions, essentielles, ici comme ailleurs, à un festival de cette envergure. L’équipe, dont Marie Gignac et Dominique Violette, en est à revoir sa stratégie, et assure que le festival "est là pour rester". La preuve: on concocte présentement, pour notre plus grand plaisir, les Théâtres d’ailleurs de 2007, et le prochain Carrefour, en 2008.

FLOP

LES FETES DU 400E ANNIVERSAIRE DE QUEBEC

Une déception… Tout le monde sait que se tiendront à Québec, en 2008, les fêtes du 400e anniversaire de la ville. On dévoilait, fin novembre, le nom de quelques collaborateurs: les artistes de Québec s’y font rares. Que les maîtres d’oeuvre de ce grand événement viennent de partout dans la province et même d’ailleurs, parfait. Mais qu’on fête la ville de Québec sans miser en premier lieu sur ses nombreux talents? Des artistes d’ici, dont Frédéric Dubois et Patric Saucier, s’en inquiètent. Question de marketing, premiers contrats, répond-on. Reste qu’on est tenté d’y voir, une fois de plus, une fâcheuse tendance à n’accorder de crédit qu’à ce qui passe par Montréal ou par la télévision. Souhaitons que la suite démente ce qui semble le symptôme d’une lassante habitude.