Marie Gignac : Éthique et politique
Scène

Marie Gignac : Éthique et politique

Marie Gignac confie: "J’ai envie, de plus en plus dans mon métier, de m’engager: d’essayer de faire quelque chose d’utile, de signifiant dans notre société." Elle emprunte les mots de Sartre, et met en scène Les mains sales.

Triomphe lors de sa création en 1948, Les mains sales, "véritable suspense", glisse Marie Gignac, pose de nombreuses questions. "On a toujours l’impression que Sartre, c’est du vieux théâtre, trop intellectuel… Pas du tout! C’est un propos tout à fait actuel, qui touche notre perception de la politique et de l’engagement, notre perception du terrorisme. Et c’est très bien écrit. Sartre a vraiment incarné ses idées dans des personnages: ils sont extrêmement vivants, forts. Les dialogues sont d’une maîtrise extraordinaire, les enjeux sont clairs. C’est un théâtre d’action, mais en même temps, un théâtre de réflexion."

Hugo, la vingtaine, idéaliste, vient d’adhérer au Parti communiste. On lui confie la tâche d’assassiner Hoederer, chef du Parti, avec qui une faction est en désaccord. Se rapprochant de sa victime, dont il devient secrétaire, il se prend d’admiration pour l’homme politique. S’affrontent alors, chez Hugo, ses idéaux et ses convictions, son humanité et sa mission.

Si Sartre est un homme d’idées, sa pièce se base, très largement, sur les relations humaines. "Cette pièce-là, c’est la rencontre de Hugo et de Hoederer. Et c’est la confrontation de la pensée de ces deux hommes-là, de leurs convictions, de leur foi en l’humanité, de leurs objectifs politiques. C’est vraiment très incarné: Hugo est persuadé que si le Parti lui commande un acte terroriste, il va être capable de le faire sans problème, parce qu’il est d’accord avec la ligne du Parti. Mais il rencontre un être profondément humain; il est incapable de le tuer."

Près de 60 ans après sa création, Les mains sales a toujours de profondes résonnances, même si l’échiquier politique s’est grandement modifié depuis la Seconde guerre mondiale. Afin de rendre concrètes au public toutes les questions soulevées par la pièce, la metteure en scène a effectué quelques coupures et choisi une esthétique plutôt contemporaine, gommant les références trop précises au passé qui risqueraient de faire écran à la réflexion. "J’avais envie de tirer ça vers nous. Ça pourrait se passer aujourd’hui, il y a 20 ans, ou dans 20 ans. Je voulais vraiment faire un truc qui parle de mes contemporains à mes contemporains."

Du 16 janvier au 10 février
Au Grand Théâtre
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