Scène

Michel-Maxime Legault : Le bunker

Michel-Maxime Legault, codirecteur du Théâtre de la Marée Haute, met en scène Rhapsodie-Béton, une pièce du Français Georges Michel.

En 2006, Michel-Maxime Legault et Marie-Claude Giroux fondent le Théâtre de la Marée Haute dans un désir d’explorer les faiblesses de l’homme. Avec Kvetch, leur première production présentée l’année dernière à l’Espace Geordie, ils abordent le thème de l’angoisse. Cet automne, la compagnie monte Rhapsodie-Béton, une pièce du Français Georges Michel sur la violence urbaine. Stéphan Allard, Sébastien Dodge (en nomination au dernier Gala des Masques pour sa performance dans Ubu roi au TNM), Marie-Claude Giroux, Chrystelle Juteau et Marie-Ève Trudel composent la distribution. Michel-Maxime Legault, 25 ans, récemment diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Québec, assure la mise en scène.

Un couple reçoit des amis à souper. Dehors, il y a les sirènes, les klaxons et les cris de détresse de l’humanité. À l’intérieur, barricadée dans un appartement, la bande de copains s’évertue à ignorer la cruauté du monde, phénomène banal qui fait partie intégrante du quotidien. "Ils jugent tout ce qui se passe à l’extérieur sans jamais s’impliquer, explique le metteur en scène. Leur seul outil pour se défendre est leur cerveau. Ils vont donc se parler, se complaire dans le préjugé et écrire un manifeste, sans jamais se mouiller." Puis, la barbarie pénètre soudain le bloc de béton qui protège les cinq amis et la réception tourne au vinaigre… "C’est très actuel. On est dans une société où tout le monde veut faire avancer les choses, mais où personne n’agit. On parle des problèmes, mais les actions se font peu sentir. L’humour noir et le cynisme de la pièce nous ont également allumés. C’est une comédie vraiment très grinçante."

Michel-Maxime Legault et sa bande ont déniché tout à fait par hasard cette pièce de Georges Michel. "On a pris plein de livres à la Grande Bibliothèque. Cette pièce rentrait dans le mandat de notre compagnie qui est de traiter d’un phénomène social ou humain et de le montrer sans faire la morale." L’auteur de Rhapsodie-Béton – très peu connu et à propos duquel les informations sont quasi inexistantes – aurait écrit cette pièce en 1984 pour dénoncer les premiers balbutiements de la violence dans les banlieues parisiennes. "C’est un peu visionnaire comme texte, affirme Legault en faisant référence aux émeutes de 2005 qui ont plongé la France dans l’impasse. L’auteur a vu jusqu’où ça pouvait aller."

De plus, le titre de l’oeuvre a intrigué le jeune metteur en scène (également musicien), le mot rhapsodie désignant une composition musicale de style improvisé. "Il y a quelque chose de très musical et de rythmé dans le spectacle et dans la mise en scène. C’est un texte très intellectuel avec beaucoup de phrases. Il n’est pas ponctué de scènes ou de transitions musicales (à part les sons). La balle de ping-pong ne doit pas tomber. Le défi était de faire en sorte qu’on sente l’évolution des cinq personnages. En somme, le traitement est assez réaliste. Après tout, on fait du théâtre pour que les gens se reconnaissent."

Jusqu’au 29 septembre
À l’Espace Geordie
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