Au-delà du voile : L'intime et le politique
Scène

Au-delà du voile : L’intime et le politique

Au-delà du voile du Théâtre La Mèche Courte est un magnifique huis clos entre deux soeurs contraintes à regarder passer l’histoire.

L’heure est grave, c’est le désordre meurtrier et politique de l’Algérie au début des années 1990. Les femmes se voient obligées de porter le hidjab. Cette crise, on la vit dans un salon algérien, avec deux soeurs. Porter le voile? La cadette, instruite et célibataire, s’y oppose avec furie. Quant à l’aînée, c’est avec une maturité résignée qu’elle s’y contraint.

Écrite par Slimane Benaïssa, un Algérien aujourd’hui installé en France, Au-delà du voile est une bombe discrète. Le texte, subtil et touchant, met adroitement le doigt sur les recoins d’une détresse étouffée. Celle de femmes qui demandent peu, si ce n’est de pouvoir s’épanouir comme bon leur semble. Malgré le sujet brûlant, Au-delà du voile n’a rien d’un pamphlet démagogique, ni d’une cérémonie religieuse. La situation politique a beau servir de toile de fond, inutile de s’y attarder. Mieux vaut se laisser porter par la beauté de la relation entre les deux soeurs, solidaires malgré leur divergence.

Toutes deux se révoltent pendant la pièce. Jamais en même temps et chacune à sa manière. Tendresse, colère, résignation, le tout est rendu avec justesse par les comédiennes. Ève Duranceau campe avec urgence et fougue la cadette. Quant à Sophie Vaillancourt, on apprécie sa capacité à jouer les subtilités d’un personnage à la fois résigné et aigri. Soulignons l’excellent travail de Marie-Hélène Racicot à la mise en scène. Elle réussit à mettre en valeur l’essentiel de la pièce: le déchirement des deux soeurs. À quelques reprises, on entend sur bande sonore les voix intérieures des personnages. L’effet est admirable. Comme si la rage et la fébrilité de ces femmes étaient si fortes qu’elles ne pouvaient être exprimés de vive voix.

En moins d’une heure, Au-delà du voile réussit à créer malaise et admiration. D’une si courte durée, l’histoire ne se termine pas. Finira-t-elle un jour? Dieu seul le sait, mais ces femmes s’en doutent.

Jusqu’au 20 novembre
À La Petite Licorne
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