Oleg Kisseliov : Bête de scène
Scène

Oleg Kisseliov : Bête de scène

Avec le Groupe de la Veillée, Oleg Kisseliov porte à la scène La Métamorphose, de Kafka.

Parue en 1915, La Métamorphose, une nouvelle de l’écrivain tchèque de langue allemande Franz Kafka, met en scène Grégor, un employé modèle qui se réveille un jour transformé en blatte. Évidemment, le voyageur de commerce se fait licencier et devient un curieux insecte casanier qui doit néanmoins faire face au regard des membres de sa famille et des gens de passage.

Pour sa troisième collaboration avec le Groupe de la Veillée, après Songe d’une nuit d’été (en 1998) et Camera Obscura (en 2001), Oleg Kisseliov a choisi de voir la métamorphose de Grégor comme un processus intime et profond. "La transformation est à l’intérieur du personnage, comme si c’était génétique. Il y a un bagage génétique et psychique qui sévit jusque dans les recoins de sa physiologie. Aussi, avec toutes les découvertes scientifiques actuelles, nous ne savons pas ce que l’être humain deviendra, comment il se transformera. Ma lecture moderne de l’oeuvre extrapole autour de ce sujet."

Tout en imposant sa vision très personnelle, le créateur estime demeurer fidèle au puissant récit de Kafka. "Probablement que ma mise en scène et ma lecture de la nouvelle s’inscrivent en réaction à la haine de Kafka pour cette histoire. Peut-être avait-il un problème avec l’aspect moins littéraire de cette oeuvre qui, au fond, a plus à voir avec l’écriture cinématographique hollywoodienne! Maintenant, c’est normal et banal de créer des univers du genre, mais à l’époque, cette prose, qui se prête au multimédia ou aux techniques scéniques modernes, pouvait probablement paraître artificielle."

Ce serait donc notre lecture contemporaine de l’oeuvre qui aurait poussé notre imagination dans les méandres du fantastique. Peut-être que La Métamorphose était originellement beaucoup plus près d’un univers intérieur et humainement plus réaliste. "J’ai décidé de suivre ce filon, explique le metteur en scène d’origine russe, de sauvegarder sur scène le côté humain de l’objet. Mais pour tenter de porter cet aspect humain sur scène, il n’est pas suffisant de refuser les costumes ou les effets spéciaux qui évoqueraient la transformation de son corps; nous devons également rompre avec les stéréotypes liés à Kafka."

Tout en conservant et même en accentuant le côté absurde de l’oeuvre, Kisseliov métamorphose La Métamorphose en la transposant sur scène sans faire du personnage principal un insecte. Le défi est de taille. "Peut-être que mon projet paraît ambitieux ou prétentieux, dit le metteur en scène en riant, mais je ne tiens pas compte de ce genre de considération. Cette conception exige une très grande complicité entre Jean-François Casabonne et le public. Le comédien doit jouer d’une manière très subtile, tout en incarnant une métamorphose qui se vit en profondeur. Il doit rejoindre les spectateurs et ne pas les perdre."

Jusqu’au 8 décembre
Au Prospero
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