Le Fou de Dieu : Apprivoiser le vide
Scène

Le Fou de Dieu : Apprivoiser le vide

Avec Le Fou de Dieu, Stéphane Brulotte et Marc Béland prouvent que théâtre et spiritualité ont, encore aujourd’hui, tout avantage à se fréquenter.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Stéphane Brulotte est choyé. Pour écrire sa première pièce, le comédien a bénéficié des bons conseils de Normand Chouinard et Dominic Champagne. Pour la porter à la scène, il a pu compter sur Marc Béland et la structure du Théâtre Il va sans dire. Et pour défendre son personnage principal, bouleversant François d’Assise du 21e siècle, il a eu accès à un acteur d’exception, Benoît McGinnis. Comme entrée en matière, on fait difficilement mieux.

Le plus beau, c’est que la partition que Brulotte livre à ses collaborateurs est à la hauteur de leur ferveur. La structure est assez conventionnelle -un policier pousse un homme soupçonné d’avoir commis un acte criminel dans ses derniers retranchements – mais les thèmes de la foi, de l’engagement et du mysticisme sont rarement abordés au théâtre avec autant de pertinence. François Bernardin, le jeune homme incarné avec un extraordinaire sens de la nuance par McGinnis, a tout pour lui. Son seul défaut: être hypersensible à la misère du monde. Si bien qu’il se glisse dans la légende de François d’Assise comme s’il s’agissait de la sienne. Certains ne tarderont pas à le dire fou. Surtout quand il ira jusqu’à fracasser la Mercedes de son père, symbole d’un capitalisme honteux. Comment, à notre époque, faire voeu de pauvreté? Comment, sans perdre la tête, renoncer à son confort personnel et se porter à la défense d’un idéal de fraternité? Est-ce que lucidité égale folie? Voilà les questions qui sous-tendent la pièce. Longtemps après qu’on fut sorti de la salle, elles continuent à bourdonner dans nos oreilles.

Béland signe ici l’une de ses mises en scène les plus maîtrisées. Dans la scénographie vertigineuse de Jonas V. Bouchard (décor et accessoires) et Nicolas Ricard (éclairages), les allées et venues des comédiens sont réglées avec une précision remarquable. Dans les scènes où le passé revient hanter le présent – et, par le fait même, ouvrir et éclairer le sens du huis clos auquel on assiste -, Lise Roy et Julie Castonguay incarnent plusieurs personnages. La première est une mère torturée, bienveillante et coupable à la fois. La seconde, une troublante lépreuse. Dans le rôle du policier, précieux faire-valoir, Jacques Baril est juste et dosé. Quant à McGinnis, il arrive une fois de plus à repousser les limites de ce qu’on le croyait capable de faire. Pour incarner un être engagé corps et âme dans une quête de vérité, on ne pouvait espérer mieux.

Jusqu’au 16 février
À la Cinquième salle de la PdA
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