Les Boxeuses : Rapport de force
Scène

Les Boxeuses : Rapport de force

Avec Les Boxeuses, Catherine De Léan et Véronique Pascal pourfendent les idées reçues sur la nature féminine.

Entendons-nous bien, Les Boxeuses de Catherine De Léan et Véronique Pascal ne remettent pas en cause les codes de la représentation. La première production des Cousines Canine est une suite de sketches on ne peut plus traditionnels, correctement défendus. Ce qui est original, digne de mention, c’est le courage dont les créatrices font preuve en admettant que la violence est présente partout. Même chez leurs semblables.

Les deux jeunes femmes osent représenter la violence qui agit, souvent sournoisement, subtilement, entre femmes. Dans toutes les scènes, dont elles sont les auteures et les interprètes, il y a de la jalousie, de la rivalité, de la manipulation, des insinuations… une violence psychologique quotidienne, presque banale, mais pas du tout inoffensive. Au fil des règlements de compte, autant de petites persécutions, on rencontre toute une galerie de femmes qu’on croit reconnaître. Il y a des actrices aux ego démesurés, une peintre et son exigeant modèle, des trentenaires qui se jaugent, des amoureuses qui se révèlent, des amies de tous âges qui ont perdu le fil de leur amitié, des soeurs qui ne respectent plus leurs différences et des enfants qui ont déjà compris le sens du mot domination. En écoutant ces femmes aux antipodes, on rit souvent, mais il arrive aussi qu’on ait la gorge serrée. Plus souvent qu’autrement, la réconciliation ne semble pas possible. L’autre est toujours une menace, un rappel de notre malheur, une tâche sur notre étincelante réussite.

La mise en scène d’Émilie Gauvin est sobre mais efficace. Les costumes et accessoires, s’ils sont peut-être un peu trop nombreux, signalent assez bien les changements de lieux. La métaphore de la boxe sert habilement la représentation. Véritables exutoires, les combats qu’a chorégraphiés Deano Clavet relient les différents fragments, donnent de la cohérence au spectacle. Avec leur premier spectacle, par petites touches, l’air de rien, sans prêchi-prêcha, les Cousines Canine touchent à la vérité des femmes qu’elles incarnent. Ce qui, avouons-le, n’est pas banal.

Notez que la comédienne Catherine De Léan est maintenant remplacée par Francesca Bárcenas.