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Sacré Coeur : Entre la vie et la mort
Scène

Sacré Coeur : Entre la vie et la mort

Avec Sacré Coeur, Alexis Martin et Alain Vadeboncoeur concoctent une réunion inusitée entre l’univers du théâtre et celui de la médecine.

Cette pièce hybride, Alexis Martin et Alain Vadeboncoeur l’ont écrite en tandem. En unissant leurs univers professionnels, les deux copains d’enfance ont donné naissance à un objet théâtral qui, en plus de naviguer entre le comique et le tragique, emprunte au réalisme cruel des salles d’urgence et à la poésie du théâtre.

Sacré Coeur, c’est une nuit à l’urgence de l’hôpital Sainte-Croix, où le Dr Papineau et son équipe luttent pour sauver des vies. Une ribambelle de patients défilent devant les spectateurs assis sur de petites chaises bleues semblables à celles d’une salle d’attente. Fébriles témoins des drames humains qui se jouent sur scène, nous croisons une vieille dame sénile, une pseudo-homéopathe dont le poumon est "déboîté", un homme dont la petite fille vit ses derniers moments et un poète turbulent qui réclame de la morphine.

Pour donner vie à des patients plus grands que nature et aux professionnels de la santé qui peuplent les urgences, Jacques L’Heureux, Alexis Martin et Muriel Dutil (toujours aussi excellente) multiplient énergiquement les rôles et les techniques de réanimation! Si L’Heureux incarne avec brio un souffrant qui demande à mourir, il offre une performance moins savoureuse dans la peau d’un personnage cliché: un infirmier blasé et efféminé. Martin se démarque dans le rôle d’un poète dont le destin tragique vient bouleverser la vie du Dr Papineau (talentueux Luc Picard), amoureux d’une brillante infirmière (Hélène Florent).

À travers ce va-et-vient métaphysique, Sacré Coeur évoque sans détour les difficiles conditions de travail du personnel médical, les préjugés à l’endroit de certains patients, les erreurs de diagnostic et les remords qui en découlent. Tout cela démontre que la frontière est mince entre la position de médecin et celle de patient, entre la vie et la mort. Le jargon médical qui compose les textes contribue à l’exploration d’un monde hermétique fascinant, mais son emploi tisse parfois un voile opaque entre acteurs et spectateurs.

Martin a conçu une mise en scène dépouillée mais efficace où un système coulissant de rideaux d’hôpital permet de ponctuer l’action. De plus, quelques télévisions sont accrochées au plafond de la "salle d’attente", afin que le public bénéficie des conseils pré-enregistrés du Dr Zoubris, un psychiatre lubrique personnifié par l’hilarant Pierre Lebeau.