Jean-Pierre Marielle : En toutes lettres
Scène

Jean-Pierre Marielle : En toutes lettres

À l’occasion du Festival Juste pour rire, le comédien français Jean-Pierre Marielle vient nous lire la Correspondance de Groucho Marx. Le spectacle, mariage de jazz et d’humour grinçant, est orchestré par nul autre que Patrice Leconte.

Créée l’année dernière au Festival de la correspondance de Grignan, puis reprise dans les mois qui suivirent au Théâtre de l’Atelier, à Paris, la lecture-spectacle Correspondance de Groucho Marx est née d’un désir du cinéaste Patrice Leconte, celui-là même qui nous a donné Les Bronzés, Monsieur Hire et Le Mari de la coiffeuse. Pour ne nommer que ceux-là. Quand est venue l’heure de choisir quelqu’un pour défendre la truculente prose épistolaire de Marx, cet États-Unien qui révolutionna le cinéma et l’humour, Leconte a immédiatement pensé à Jean-Pierre Marielle. L’idée était loin d’être saugrenue.

"En me faisant cette proposition, Leconte est tombé en plein dans le mille, explique le comédien, entre les quatre murs de son charmant appartement situé en lisière de Paris. Tous les acteurs de ma génération ont toujours été fascinés par les Frères Marx. À tel point que, dans certains rôles, je me souviens avoir marché comme Groucho. Dans des Molière, par exemple. Groucho Marx était plus près des acteurs que des mimes. Il nous a tous beaucoup inspirés. Sa démarche, sa façon, ses réactions nous ont toujours éblouis. Il a été une sorte de maître pour nous."

UN ESPRIT VIF

Groucho Marx a laissé derrière lui une correspondance abondante qui témoigne, peut-être mieux que n’importe lequel de ses films, de son esprit vif et de son humour cinglant. Dans une missive adressée à sa fille Myriam le 17 novembre 1941, il écrit: "Le destinataire d’une lettre a toujours un énorme avantage sur l’expéditeur. Il peut la lire et la détruire en moins de temps qu’il n’en a fallu pour l’écrire."

Heureusement, des amis, de la famille, des professionnels du spectacle ou des anonymes, à qui le comédien confiait par écrit ses joies et ses peines, ses doutes et ses critiques, ont conservé les lettres. Cette correspondance pleine de jeux de mots, de provocations et d’humour noir, publiée en français chez Seuil et Gallimard, Marielle ne la connaissait pas. En plongeant dans le collage effectué par Leconte, le comédien a découvert une matière à la hauteur du personnage.

"C’est formidable! Leconte a fait un travail épatant. On trouve dans cette prose le même humour qu’au cinéma. Ce qui veut dire que Groucho n’était pas uniquement un interprète; il était aussi un véritable auteur, un artiste. Il était capable de rire de lui-même. Rire des autres, c’est, à la limite, de la moquerie, mais s’investir là-dedans, avoir une sorte d’ironie par rapport à soi-même, ça, c’est de l’humour!"

Pour accompagner Marielle sur scène, on a formé le Grouchy Trio (Pierre-François Dufour, Youen Cadviou et Julien Pontvianne sont chargés de jazzer le spectacle), mais on a surtout fait appel à Pierre Vernier. C’est ce dernier qui personnifie les différents correspondants de Groucho. "Vernier est un camarade de toujours, lance Marielle. On est allés ensemble au Conservatoire, avec Jean-Paul Belmondo et Françoise Fabian. Faire ce spectacle avec lui, c’est un vrai bonheur. On a du plaisir, on ne se lasse pas, ce n’est jamais mécanique. On invente toujours. On trouve, chaque soir, des choses nouvelles. En somme, c’est bien plus que de dire un texte!"

Du 7 au 12 juillet
Au Théâtre Jean-Duceppe

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JEAN-PIERRE MARIELLE
Né à Dijon en 1932, reconnu pour sa voix grave et chaude, Marielle occupe une place de choix au panthéon des acteurs français. Depuis la fin des années 50, l’homme a interprété, généralement au cinéma, mais aussi au théâtre, plus d’une centaine de personnages des plus variés. Dans les années 70, il tourne dans La Valise, de Georges Lautner, dans Un moment d’égarement, de Claude Berri, mais aussi dans Que la fête commence de Bertrand Tavernier. Les années 90 lui apportent de beaux succès (Uranus, Tous les matins du monde, La Petite Lili), mais aussi quelques échecs commerciaux (Les Grands Ducs, Les Acteurs, Atomik Circus). Au cours des dernières années, il a pris part à des films d’envergure comme Les Âmes grises, Da Vinci Code, Le Grand Meaulnes et Faut que ça danse! En 2007, il fait un retour remarquable au théâtre avec Les Mots et la chose et Correspondance de Groucho Marx. Il sera de la distribution de Micmacs à tire-larigot, le nouveau film de Jean-Pierre Jeunet, une comédie mordante sur les marchands d’armes, actuellement en tournage.