Kathy Casey : Briser la glace
Scène

Kathy Casey : Briser la glace

Kathy Casey a choisi Sarah Chase pour composer la nouvelle oeuvre au répertoire de Montréal Danse: Sur les glaces du Labrador. Cette fois encore, la chorégraphe de Colombie-Britannique décline dans sa création les histoires personnelles des danseurs.

De Sarah Chase, on connaît les oeuvres intimistes où elle joint le geste à la parole pour raconter toutes sortes d’histoires vraies. Drôles, tristes, étranges et jamais anodines, elles ont le pouvoir de toucher et de faire résonner en chacun l’écho de sa propre histoire. Pour cette danseuse-conteuse plutôt habituée aux solos et aux duos, tisser une toile narrative avec les sept danseurs de Montréal Danse a donc été un travail de longue haleine.

Il a commencé par le dévoilement progressif des interprètes. Dominic Caron, Maryse Carrier, Annik Hamel, Rachel Harris, Benoît Leduc, Manon Levac et Frédéric Marier ont d’abord été invités à se laisser aller, à raconter leur quotidien tout en dansant les yeux fermés. "C’est drôle de voir comment ça marche par couches, commente Kathy Casey, directrice artistique de Montréal Danse depuis 1996. Il y a tout ce qu’on connaît bien de chacun et qui est sorti en premier. Après ça, il y a des choses qu’on avait un peu oubliées et ensuite, des histoires très présentes, mais de manière souterraine, des histoires importantes maintenues dans une zone oubliée de la mémoire. Elles sont sorties en dernier, et c’est ce qui se trouve dans la pièce." L’aventure d’un grand-père portant secours aux passagers d’un avion écrasé au Labrador donnera à la pièce un titre qui sous-tend également l’idée des mémoires enfouies sous les glaces du subconscient. Chemin faisant, les danseurs auront découvert des dénominateurs communs inattendus dans leurs histoires personnelles, resserrant ainsi le lien qui unit certains d’entre eux depuis 15 ans.

Quand elle danse, Chase laisse certains mouvements déclencher la parole. Elle élabore d’abord sa gestuelle selon des techniques de composition complexes et, une fois que le corps a bien intégré le mouvement, elle ajoute la parole. "C’est un travail sur deux ou trois niveaux en même temps, un travail qui est assez compliqué à gérer pour un interprète, assure Casey, qui a agi comme conseillère artistique lors de la création. C’est difficile à maîtriser. Ça pose d’ailleurs la question de ce que veut dire maîtriser, car il ne faut rien figer mais tout laisser ouvert. C’est un travail de fond qui demande énormément de répétitions. On n’était pas habitués à ça. C’est une pièce qui fait partie de toutes ces oeuvres qui, dans les dernières années, nous ont poussés très fort à une expansion de nos capacités."

Pour la chorégraphe venue de Hornby Island, en Colombie-Britannique, l’expérience a également été génératrice de découvertes et de dépassements. À l’occasion de résidences dans de grands théâtres, elle a pu constater que son travail pouvait être présenté ailleurs que dans l’espace intime de petites salles. Et la surcharge d’informations provenant des histoires des sept interprètes l’a menée à épurer les discours et à trouver une manière plus visuelle de raconter ses histoires. Ainsi, les atmosphères sont parfois créées par la simple disposition des corps dans l’espace, les éclairages de Jeff Harrison et de Karine Gauthier, la musique d’Antoine Bédard et les effets sonores en direct que Chase produit elle-même, contribuant personnellement à la magie du spectacle vivant.