Rentrée théâtre : Le théâtre et la cité
Scène

Rentrée théâtre : Le théâtre et la cité

Foisonnante, la rentrée théâtre fait la part belle aux pièces qui abordent des enjeux cruciaux de la vie en société au 21e siècle.

À La Chapelle, le directeur artistique du Théâtre Péril, Christian Lapointe, à qui l’on doit le stupéfiant C.H.S., porte à la scène Vu d’ici, le deuxième roman de Mathieu Arsenault. Le comédien Jocelyn Pelletier défend seul ce virulent pamphlet contre la télévision. Plus que prometteur. Toujours entre les murs du théâtre de la rue Saint-Dominique (significativement dynamisé par l’arrivée de Jack Udashkin à la direction artistique), la comédienne Vanessa Van Durme, muse du metteur en scène belge de renommée internationale Alain Platel, aborde son changement de sexe avec une franchise que l’on dit étonnante. Intitulé Regarde maman, je danse, le monologue est présenté en première nord-américaine.

À l’Espace Geordie, le Théâtre de la Marée Haute s’attaque à Tops Dogs, une pièce du Suisse Urs Widmer, percutante satire de la performance en milieu de travail (voir encadré). À l’Espace Go, Vincent-Guillaume Otis dirige Ceux que l’on porte, première pièce d’Andrew Dainoff, un jeune auteur états-unien qui ose parcourir les cicatrices que le 11 septembre a laissées dans la ville de New York et dans l’âme de l’humanité. La production du Théâtre PàP met notamment en vedette le très talentueux Félix Beaulieu-Duchesneau (aussi de la distribution de Jam Pack, une création de Marcelle Dubois, du Théâtre Les Porteuses d’Aromates, présentée au Théâtre d’Aujourd’hui). À l’Espace Go toujours, on propose quelques représentations de Cet enfant, une pièce écrite et mise en scène par le Français Joël Pommerat à partir du témoignage de femmes vivant dans une cité de Normandie. Douces ou amères, ces courtes scènes disent tout haut l’étendue et la complexité du lien de filiation.

À La Licorne, sous les bons auspices du Théâtre de la Manufacture, Maxime Denommée fait appel à Sophie Cadieux et Maxim Gaudette pour interpréter Après la fin, un huis clos post-apocalyptique que l’on dit cruel et loufoque. Mentionnons que le texte du jeune dramaturge britannique Dennis Kelly a été traduit par Fanny Britt. Voilà qui nous met en confiance. À La Petite Licorne, Philippe Ducros retrouve La Fièvre, un monologue de l’États-Unien Wallace Shawn sur la relation entre les privilégiés et les déshérités. Stacey Christodoulou, de l’Other Theatre, est à la mise en scène. Au même endroit, Les Cousines Canine reprennent Les Boxeuses, leur courageuse exploration de la violence entre femmes.

À l’Espace Libre, Michel Monty, de la compagnie Transthéâtre, dirige Yvon Dubé et un choeur de 12 adolescents autochtones dans Le Pensionnat, un spectacle qui aborde la question de l’identité et de l’Histoire de l’Amérique dans une perspective amérindienne. Au même endroit, Daniel Brière, du Nouveau Théâtre Expérimental, fait appel à Henri Chassé, Alexis Martin, Pascale Montreuil et Catherine Vidal pour défendre Lortie. Le cas du tristement célèbre caporal servirait ici de prétexte à une exploration de nos rapports troubles et changeants avec l’État et la paternité.

À la Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, le Théâtre I.N.K. reprend La Cadette, une émouvante réflexion d’Annie Ranger sur la maladie mentale. Ensuite, dans la grande salle, le Théâtre Le Clou débarque avec Assoiffés, une pièce de Wajdi Mouawad où s’exprime avec ferveur la nécessaire révolte d’un adolescent brillamment campé par Benoît Landry. Destiné aux adolescents, mais tout aussi pertinent pour les adultes, le spectacle est mis en scène par Benoît Vermeulen. À la Maison Théâtre, la compagnie Ondinook redonne vie aux Contes d’un Indien urbain. On dit que le texte de Darrel Dennis aborde la condition autochtone de manière crue et captivante, jamais moralisatrice.

DE GRANDS AUTEURS

Parmi les auteurs au menu de la saison automnale, on compte plusieurs grosses pointures. À la Salle Pierre-Mercure (qui accueille une partie des activités du Théâtre Denise-Pelletier durant les rénovations), le Théâtre des Fonds de Tiroirs reprend La Cantatrice chauve et La Leçon d’Ionesco. À la Caserne Letourneux (qui accueille quant à elle les activités de la Salle Fred-Barry), Frédéric Bélanger s’approprie La Fausse Malade de Goldoni (Théâtre Advienne que pourra), Jean-Guy Legault reprend Poe (Théâtre des Ventrebleus), son hommage à l’écrivain états-unien mort en 1849, et Mario Borges adapte La Peste de Camus (Productions Kléos).

Au Prospero, Téo Spychalski, grand manitou du Groupe de la Veillée, met en scène L’Heure du lynx, une pièce de Per Olov Enquist, l’un des plus grands et des plus prolifiques écrivains scandinaves. Dans la Salle intime, Absolu Théâtre, qui avait déjà produit Oh les beaux jours, revient à Beckett avec deux courtes pièces regroupées sous le titre Rythmes.

Au Théâtre d’Aujourd’hui, on propose rien de moins qu’une nouvelle pièce de René-Daniel Dubois: Bob. Rappelons que l’auteur de Being at home with Claude n’a pas véritablement écrit de théâtre depuis près de 20 ans (voir encadré). Pour l’occasion, René Richard Cyr a fait appel à Benoît McGinnis, Étienne Pilon, Michelle Rossignol et 11 autres comédiens.

Au TNM, Yves Desgagnés réaffirme la pertinence de la dramaturgie du récemment nobélisé Harold Pinter en dirigeant Le Retour. Marcel Sabourin et Patrice Robitaille sont de la partie. Au Rideau Vert, Louise Marleau guide Catherine Bégin dans une adaptation théâtrale de La Vie devant soi de Romain Gary (Émile Ajar). À l’Espace Go, Luce Pelletier, du Théâtre de l’Opsis, se lance avec le dramaturge Pierre-Yves Lemieux dans une transposition scénique du chef-d’oeuvre de William Faulkner, Le Bruit et la Fureur.

Au Théâtre de Quat’Sous, Catherine Léger s’approprie les idées et l’entourage d’Anaïs Nin pour donner Opium_37. Pour la réouverture de son théâtre, Éric Jean entraîne ainsi Évelyne Rompré et neuf autres comédiens dans le Paris pauvre et explosif des années 30. Enfin, à La Chapelle, Aurélie Spooren allie la poésie du mouvement et la musicalité des mots d’Alessandro Baricco pour donner Un jour, de nuit…

DES EXPERIENCES ATYPIQUES

Quelques spectacles échappent à toute catégorisation. C’est le cas du Salon automate de Nathalie Claude, une production de la compagnie Momentum présentée à l’Usine C. On dit qu’une hôtesse y rencontre, discute et croise le fer avec… trois automates grandeur nature, articulés et dotés de parole. Toujours entre les murs de ce lieu que l’on pourrait dire de toutes les expérimentations, Daniel Danis présente La Trilogie des flous, une "création poético-performantielle" qui met en scène une danseuse, des actants, des performeurs et des technologues; et la compagnie PME-ART dévoile Hospitalité 3: l’individualisme est une erreur, une nouvelle oeuvre interdisciplinaire et indisciplinée. À La Chapelle, on pourra aussi découvrir l’univers insolite du marionnettiste britannique Stephen Mottram avec The Seas of Organillo, une histoire (destinée aux adultes) où nagent d’énigmatiques poissons.

DE L’OPERA

À la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, l’Opéra de Montréal propose cet automne deux productions. D’abord, La Fanciulla del West (La Fille du Far West), de Puccini, une histoire d’amour et de justice mise en scène par l’États-Unien Thaddeus Strassberger. Pour l’occasion, sa compatriote Keri-Lynn Wilson est à la tête de l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal. Puis, Les Pêcheurs de perles, de Bizet, une histoire d’amitié (bien entendu compromise par la rivalité amoureuse) mise en scène par l’Australien Andrew Sinclair. La Québécoise Karina Gauvin est de la distribution. Le Français Frédéric Chaslin dirige l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal. En terminant, mentionnons qu’en octobre, l’Opéra de Québec propose, au Grand Théâtre, Le Château de Barbe-Bleue et Erwartung, deux opéras mis en scène par Robert Lepage. Voilà une bonne raison d’aller faire un tour dans la Vieille Capitale!

DANS LA MIRE /

Vu d’ici
Mathieu Arsenault / Christian Lapointe
Du 23 septembre au 4 octobre
Au Théâtre La Chapelle

Le salon automate
Nathalie Claude
Du 7 au 25 octobre
À l’Usine C

Top Dogs
Urs Widmer / Michel-Maxime Legault
Du 9 octobre au 1er novembre
À l’Espace Geordie

Ceux que l’on porte
Andrew Dainoff / Vincent-Guillaume Otis
Du 14 octobre au 8 novembre
À l’Espace Go

Après la fin
Dennis Kelly / Maxime Denommée
Du 14 octobre au 22 novembre
À La Licorne

Le bruit et la fureur
William Faulkner et Pierre-Yves Lemieux / Luce Pelletier
Du 28 octobre au 22 novembre
À l’Espace Go

Bob
René-Daniel Dubois / René Richard Cyr
Du 28 octobre au 30 novembre
Au Théâtre d’Aujourd’hui

Le Retour
Harold Pinter / Yves Desgagnés
Du 4 au 29 novembre
Au Théâtre du Nouveau Monde

Opium_37
Catherine Léger / Éric Jean
Du 17 novembre au 20 décembre
Au Théâtre de Quat’Sous

Cet enfant
Joël Pommerat
Du 26 au 29 novembre
À l’Espace Go

Regarde maman, je danse
Vanessa Van Durme / Frank Van Laecke
Du 2 au 6 décembre
Au Théâtre La Chapelle