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Scène

André-Marie Coudou : Entre deux feux

Le Théâtre L’Instant présente Les Combustibles, d’Amélie Nothomb, sur la scène principale du Théâtre Prospero. Discussion sur la guerre et le sens de la vie avec le metteur en scène d’origine belge André-Marie Coudou.

C’est le seul texte dramatique de la célèbre auteure belge, d’ailleurs souvent considéré comme un roman en forme de pièce de théâtre. C’est la guerre. Il fait froid. Dans un appartement, un professeur d’université, son jeune assistant et la copine de celui-ci n’ont d’autre choix que de brûler les livres pour se réchauffer. En opposant littérature et survie, culture et nature, Amélie Nothomb pose la question fondamentale du sens de la vie. "Et elle le fait dans une langue magnifique, dit André-Marie Coudou, d’origine belge lui aussi. Il y a des phrases incroyables dans cette pièce, ça demeure très littéraire."

Les mots prennent beaucoup de place au Théâtre L’Instant. La jeune compagnie, qui a présenté l’an dernier Une heure avant la mort de mon frère, de Daniel Keene, dans la Salle intime du Prospero et Couloirs et Chambres, de Philippe Minyana, à l’Espace Geordie, s’est donné pour mission de faire découvrir de nouvelles dramaturgies à ses contemporains québécois. Coudou considère donc le passage sur la grande scène du Prospero comme une étape importante, une sorte de nouveau départ après trois années de travail "dans l’ombre". "Je suis un peu nerveux, confesse-t-il, mais vraiment excité par cette grande aventure et surtout par l’équipe: les comédiens Bernard Carez, Philippe Cyr et Stéphanie Cardi, ainsi que les concepteurs Noémie Avidar et Alexandre Tougas."

Depuis des semaines, ils se demandent si l’être humain, lorsque confronté à une situation extrême, dans ce cas-ci la guerre, retrouve son animalité primitive. "Cette pièce ne traite pas essentiellement de littérature. C’est la réflexion existentialiste qu’elle propose qui nous a intéressés. Le professeur, qui va vouloir sauver des flammes un roman sentimental qu’il a toujours abhorré, essaie par ce geste de demeurer humain. Mais ce sera peine perdue."

Si Coudou veut surtout traiter de cette question universelle et intemporelle, précisant que "ce sont les personnages de Nothomb qui se consument, et non les livres", il n’évacue pas la dimension politique de l’oeuvre. C’est une guerre anonyme, mais la mise en scène va suggérer, sans trop insister, qu’elle se passe dans la Belgique actuelle. "Je le fais avec quelques hésitations, parce que ce n’est pas du tout ce que raconte la pièce, mais je veux parler de ce qui se passe chez nous. Je ne vais pas tout vous dire, mais je me suis un peu inspiré de la saga du faux reportage sur la séparation de la Belgique l’an dernier."

Mais le plus important, ce sont encore les mots. Avec ses acteurs, Coudou a fait énormément de travail de table, à décortiquer les sonorités du texte, à chercher le rythme parfait, à faire émerger des sensations du verbe. Il y a aussi des scènes plus charnelles, qui ont posé le défi du mariage entre le corps et les mots, et une scénographie inclinée qui place les corps en position de fragilité. Bref, une guerre de feu, de mots, de corps et de livres.