Ailleurs : Récit des origines
Scène

Ailleurs : Récit des origines

La nouvelle pièce de Serge Mandeville, Ailleurs, est une odyssée captivante, un récit initiatique qui transporte et bouscule.

Ce texte touffu, Serge Mandeville y travaille depuis 12 ans; on sent bien qu’il l’a laissé mijoter doucement en lui. C’est une de ces pièces intimes qui soudain décollent et cherchent la sublimation. L’auteur y a intégré des éléments biographiques: sa découverte récente de l’Égypte (terre de ses ancêtres), un peu de son passé militant, beaucoup de sa lumineuse rencontre avec le théâtre, et des bribes d’histoires de son enfance.

Il lui fallait un cadre, il l’a trouvé dans la mythologie égyptienne, dans le conflit israélo-palestinien, et puis dans une cellule familiale, deux frères qui partagent un appartement et aiment la même fille, sous le regard attentif et amusé d’une grand-mère spectrale mais influente. Mandeville aime raconter des histoires et il sait y faire. Ses quatre récits se lient et se délient, se multiplient même, dans de constants allers-retours. Fascinant parcours, qu’il serait hasardeux et réducteur de résumer ici en quelques lignes.

Si par moments le dialogue s’éternise, par souci de réalisme dans les scènes d’appartement, il ne s’y enfonce heureusement pas. Le badinage est toujours dévié par les interventions de la grand-mère, sortes d’échappatoires du quotidien et fers de lance de l’imaginaire. Mandeville appuie cela d’une mise en scène minimaliste et dynamique, utilisant l’architecture du lieu, les changements d’éclairage et les déplacements des acteurs pour symboliser les passages d’un récit à l’autre, de manière successive ou simultanée, et toujours dans un souci de clarté narrative. Certaines séquences traitant de la situation palestinienne se rapprochent du théâtre documentaire. Il y avait là un danger de sombrer dans le didactisme ou le pamphlet, mais Mandeville a bien dosé la chose et évite la catastrophe.

Les acteurs passent adroitement d’un niveau de jeu à l’autre et composent des personnages naturels et attachants. Benoît Drouin-Germain a cette capacité de jouer l’enfant émerveillé sans remiser le sérieux de sa quête existentielle, François-Xavier Dufour est un salaud sympathique, Monia Chokri une jeune grand-maman au délicieux accent arabe et Véronique Marchand, une militante passionnée mais non excessive. Inspirant.

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