Fabrice Melquiot : L'amour à mort
Scène

Fabrice Melquiot : L’amour à mort

Le dramaturge français Fabrice Melquiot voit sa pièce Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit montée par la jeune équipe du Francthéâtre.

Le dramaturge Fabrice Melquiot est né à Modane, en Savoie, en 1972. Depuis 1998, il a écrit plus d’une trentaine de pièces pour enfants et pour adultes dont la plupart sont publiées chez L’Arche Éditeur. En 2007, Reynald Robinson dirigeait un groupe de finissants du Conservatoire d’art dramatique de Montréal dans Le Diable en partage. Pour plusieurs spectateurs d’ici, il s’agissait d’un premier contact, marquant, avec le théâtre d’un auteur français qu’il faudrait dorénavant suivre avec attention.

Ces jours-ci, Jean-François Poirier dirige Maxime Côté, David-Alexandre Després, Marie-Hélène Gosselin, Sofi Lambert, Antoine Portelance et Jean-Guy Viau dans Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit, une pièce que Melquiot décrit comme "un road movie au pays des Perdus". "C’est l’une de mes premières pièces. Je l’ai écrite en 2000. À l’époque, je passais beaucoup de temps à Naples. Sur le Pausilippe, il y a un belvédère qui donne sur la baie. Capri, Ischia, Procida face à soi, les îles. À gauche, le volcan. Et toutes sortes de gens se croisent là. Plus ou moins louches. C’est de cet endroit qu’est venue la pièce. Et de la puissance sexuelle que dégage la ville, avec ses travelos, ses couples sans lit qui baisent dans les bagnoles. Là-bas, on s’aime à mort, on s’aime à se tuer. C’est sur les lèvres: Mi fai morire. Ti amazzo. Des mots d’amour, tout ça. Des mots de combat aussi. De quoi dégager les tensions nécessaires, tendre les lignes de force entre les personnages, construire avec eux une sorte de famille rongée de désirs, un terrain miné. Le théâtre a soif de combats. L’amour n’y est supportable que dans les épreuves qu’on lui fait subir, dans ses déchirements, ses doutes, ses fractures."

Nous sommes à Naples, la nuit, et une famille s’apprête à éclater. Louis arpente les trottoirs en portant les vêtements de sa femme récemment disparue. Ivan est amoureux de Laurie, qui aime Dan, lequel est aimé par Dolorès. Juste, poète de son état, observe cet étrange ballet. Entre le belvédère et le cimetière, ils tentent tous d’avancer, cherchant une réponse qui ne viendra peut-être pas. Partout, il y a la mort, la noirceur. "Pour moi, précise Melquiot, la mort n’est pas un sujet, jamais. C’est la raison d’être de la littérature. C’est pour ça qu’on écrit. Parce qu’on va mourir, parce que je meurs à l’instant où je vous parle, et ceux que j’aime vont mourir. En attendant, les pièces de théâtre, les poèmes ont l’air de petits édifices de papier, qu’on érige avec une innocence d’enfant. Elle est là, notre protestation. Et le début du rire aussi, du rire le plus profond, le plus élégant."

Sa pièce, le dramaturge a choisi de la retoucher pour la production québécoise. "Je ne considère pas mes pièces comme des objets morts. Ce ne sont pas des objets immaculés, mais des visions momentanées. Le théâtre est une forme de littérature instable, entière mais inachevée. La structure m’obsède, l’évidence du rythme et ne douter d’aucune réplique, qu’elles soient toutes nécessaires à leur endroit. J’aime revenir sur une pièce après en avoir vu des représentations. Parce que c’est bel et bien le plateau qui nous renseigne le mieux sur sa justesse. La version du texte qui sera jouée à Montréal est celle qui aujourd’hui me semble la plus aboutie. Mais j’y reviendrai peut-être dans quelques années."

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LES EGARES

Melquiot estime que ses personnages explorent les extrémités du monde, remettent en cause la notion d’interdit. "Ce sont des égarés. C’est cet égarement qui les transfigure. C’est souvent gracieux, quelqu’un qui a perdu son chemin. Toute cette attention au monde soudain, qui lui fait voir des choses qu’il ne distinguerait pas sans ça. La pièce ne se place pas sur un plan moral. Ces personnages sont un peu en bord de monde, à la marge, prêts à sortir du cadre à tout instant. Ils sont sur cette lisière, dans cet interstice où naissent les monstres et les êtres tragiques, qui viennent nous interroger sur nos propres déséquilibres, nos limites, et redéfinissent avec et pour nous les interdits nécessaires à une société." De là à dire qu’Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit est une tragédie contemporaine, il n’y a qu’un pas, un pas que l’auteur ose franchir. "Je crois qu’il y a quelque chose de bien plus grand que les personnages qui les pousse vers le précipice. Cette force noire de la ville. Ce souffle du monde, ce halètement qui détermine le rythme de la pièce. Le tragique chante l’irrémédiable sur tous les toits." Dans ce cas, faudrait-il considérer le personnage de Juste comme une sorte de coryphée? "Juste, c’est le regard étranger, mais délicat. Ce serait le mien, au moment où je pénètre l’univers esthétique en train de se constituer. Ce serait celui du spectateur au moment où il le découvre. Je crois que le théâtre a profondément à voir avec la délicatesse. Il y aurait dans chaque pièce un moment où l’on essaie de rendre la délicatesse aux hommes."

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