Le Retour : Portraits de famille
Scène

Le Retour : Portraits de famille

Avec Le Retour, une pièce du Britannique Harold Pinter, Yves Desgagnés donne un spectacle dérangeant mais maniéré.

Au Québec, on ne peut pas dire que l’oeuvre du Britannique Harold Pinter ait la cote. En 1981, au Théâtre du Nouveau Monde, Olivier Reichenbach montait Les Infidèles. Vingt-sept ans, c’est ce qu’il aura fallu attendre pour revoir le nom de l’auteur et polémiste né en 1930, et rappelons-le récemment nobélisé, sur la marquise de la prestigieuse institution.

Après s’y être approprié Dürrenmatt, Gorki, Shakespeare et Tchekhov, Yves Desgagnés revient au TNM, armé de son habituelle conviction, pour clamer haut et fort la pertinence de Pinter. Noble quête. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec Le Retour, une pièce créée à Londres en 1965, on goûte pleinement à ce qu’on appelle le malaise pinterien. La pièce en deux actes, ici traduite dans une langue juste assez québécoise par René Gingras, est une plongée terriblement inquiétante dans les entrailles d’une famille infecte, une tribu d’hommes acrimonieux et misogynes.

Mais il faut cesser ici d’en parler comme s’il s’agissait d’êtres humains. Ce n’est définitivement pas le cas. Max (Marcel Sabourin), son frère Sam (Benoît Girard) et ses fils Lenny (Patrice Robitaille) et Joey (Hubert Proulx) sont des créatures immondes issues de l’imaginaire provocant d’un auteur au sommet de son art. Quand débarque Teddy (Jean-François Pichette), le fils prodigue exilé, professeur de philosophie aux États-Unis, et sa femme Ruth (Noémie Godin-Vigneau), on voudrait tant que la confrontation éclate, que le règlement de comptes se produise. Ce serait si salvateur. Évidement, cette catharsis, Pinter prend un malin plaisir à nous la refuser. Pire, il dévoile la consternante veulerie des uns et l’inimaginable perfidie des autres, une violence insoutenable.

Bien que cohérente, la mise en scène de Desgagnés est fort discutable. Sous sa houlette, Martin Ferland (décor) et Michel Beaulieu (éclairages) transforment la scène en une suite de tableaux évoquant sans subtilité ceux du peintre états-unien Edward Hopper. Bien entendu, ce choix, qui a de profondes incidences sur le jeu des acteurs – d’ailleurs pas toujours au diapason -, met en relief le caractère factice, profondément irréaliste, de ce à quoi on assiste. Malheureusement, le procédé communique aussi à la représentation quelque chose de contraignant, de lassant et surtout de maniéré.

Malgré tous ses défauts, le spectacle n’est pas de ceux qui laissent indifférent. Si, en montant Pinter, Desgagnés avait réussi à troubler, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le consensus social et esthétique dans lequel nous vivons trop souvent, ce serait déjà beaucoup.