Frédéric Arsenault : Ensemble, c'est tout
Scène

Frédéric Arsenault : Ensemble, c’est tout

Le Lavallois Frédéric Arsenault revient à Montréal avec un partenaire français pour présenter Appris par corps. Un étonnant duo qui place le main à main dans une nouvelle perspective.

Après les portés acrobatiques du sextette de la Compagnie XY, la TOHU invite les deux acrobates de la troupe française Un loup pour l’homme à décliner leur propre vision du main à main. Issu de la cuvée 2002 de l’École nationale de cirque de Montréal, le voltigeur Frédéric Arsenault a quitté le Québec pour la France où il a rencontré le porteur Alexandre Fray. Lauréats 2006 de l’opération Jeunes Talents Cirque, qui favorise l’émergence en Europe de nouvelles écritures circassiennes, ils se distancient de la technique pure pour s’intéresser à la relation entre porteur et voltigeur.

"Au début, on s’est presque interdit d’user de la technique du main à main, qui est assez carrée avec des codes bien précis, commente Arsenault. Parce qu’un enroulé ou un salto, ça reste un enroulé ou un salto. On a essayé de voir ce qui se passait entre nous en dehors des codes. On a beaucoup travaillé les contrepoids et ce qu’on a appelé la grimpette, parce que je grimpe autour d’Alexandre. Est-ce que c’est une forme nouvelle? Je n’en sais rien. Mais c’est sûr qu’on ne nous apprend pas ça à l’école." Pour certains, ce serait même plus de la danse que du cirque. Il est vrai que les frontières entre les deux disciplines se font de plus en plus poreuses. Arsenault, lui, revendique son identité circassienne, préférant se qualifier de "bougeur".

Partant du sens premier du verbe "porter", les deux partenaires explorent toutes les facettes du soutien que peuvent s’apporter deux humains, n’excluant pas les disputes qui surviennent inévitablement dans toute relation. Et si les situations relationnelles vécues sur le plateau sont très lisibles, Appris par corps ne raconte pas d’histoire à proprement parler. Chaque spectateur laissera oeuvrer son imagination pour inventer une éventuelle psychologie des personnages. Car l’expression et la mise en scène du corps demeurent la préoccupation majeure des deux artistes. Pour ce qui est du sens du spectacle, ils s’en sont remis au metteur en scène et oeil extérieur Arnaud Anckaert.

"On pense que le corps a suffisamment de choses à dire sans qu’on ait besoin de lui ajouter la parole, explique Arsenault. Alors Arnaud a fait une espèce de dramaturgie avec les différentes sections qu’on avait écrites et il nous a posé beaucoup de questions du type: Qu’est-ce que vous faites là? Où êtes-vous? Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là? Pourquoi tu vas là et qu’est-ce que ça veut dire? J’avoue qu’on n’a pas toujours su lui répondre, mais ce n’est pas grave parce que ça parle quand même aux gens. Au fond, ce qu’on dit, c’est qu’on ne peut pas vivre sans l’autre."

Côté éclairages et bande sonore, respectivement réalisés par Franz Loustalot et Hervé Herrero, on préfère la simplicité volontaire aux paillettes et roulements de tambour. Les lumières demeurent très fonctionnelles et le silence le dispute souvent à la musique et aux sons d’ambiance. "Si les gens sortent du spectacle et qu’ils sont marqués par la lumière ou la musique, c’est que, quelque part, tu as raté ton coup", opine Arsenault. Et puisqu’il semble si sûr de ne pas rater le sien après une centaine de représentations, gageons que la soirée vaut le déplacement.