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Sophie Cadieux et Éric Paulhus : Sur la même longueur d'onde
Scène

Sophie Cadieux et Éric Paulhus : Sur la même longueur d’onde

On n’atteint pas le sommet sans risquer de dégringoler: voilà qui résume le propos de Silence radio, la plus récente création du Théâtre de la Banquette arrière. Les comédiens Sophie Cadieux et Éric Paulhus nous racontent.

Depuis leurs débuts, alors qu’ils sortaient tout juste de l’école de théâtre, les comédiens de la Banquette arrière ont travaillé de manière plus traditionnelle, s’attaquant à des textes méconnus d’auteurs anglais ou américains (Betty à la plage, Autobahn) ou encore à la parole d’un des leurs (La Fête sauvage). Cette fois, ils ont préféré le vertige de l’écriture collective. Mise en scène par Geoffrey Gaquère, Silence radio est de ces oeuvres nées par brassage d’idées, l’une de ces créations éclectiques et iconoclastes que seules l’expérience du plateau et la grande disponibilité de ses artisans peuvent engendrer.

C’est donc avant tout une affaire de personnages, une histoire d’humains gravitant entre ciel et terre, réunis par des ondes et des liens invisibles et inexplicables, sous un soleil de plomb. Dans une mégalopole un brin futuriste, surréelle, la canicule assommante donne à la Terre des allures postapocalyptiques. On y suit une cosmonaute russe (Anne-Marie Levasseur), un animateur de radio pirate (Patrick Hivon), un médium charlatan (Mathieu Gosselin), un concierge volubile (Jean-Sébastien Lavoie), une diva déchue (Rose-Maïté Erkoreka), une femme-piège (Lise Martin), une jeune fille trouée (Sophie Cadieux) et un théoricien du complot (Éric Paulhus). Tous sont en quête, cherchent à atteindre des sommets inatteignables ou à entrer en contact avec l’autre. Mais comme Icare, ils risquent de se brûler les ailes en s’approchant trop du soleil.

Sophie Cadieux: "On a tripé sur l’idée que le ciel est à la fois immense et infini, mais aussi un vase clos, à la fois couvercle et ouvroir. Même si on voit le ciel comme une finalité, il y a encore tout le cosmos derrière, c’est l’endroit où se croisent l’infiniment petit et le plus grand que tout." "La chaleur, poursuit Paulhus, est une manière de montrer que devant l’infinité du ciel, nos personnages sont tous dans le même espace, pris dans le même bourbier, interconnectés. Il y a une forte tension qui les unit, quelque chose comme une présence virtuelle. L’espace n’est pas vide entre les gens, et l’espace n’est pas vide entre les mots."

En plus de naviguer dans les concepts d’élévation, de chute, de dépassement de soi et d’interconnectivité, la pièce aborde le phénomène très contemporain de l’incommunicabilité. Cadieux explique: "Maurice Blanchot disait que dès qu’un mot est prononcé, il est lancé dans un précipice. Même l’interlocuteur le plus intime ne recevra que l’écho de ce mot-là; la réelle communication n’existe pas. Nos personnages, je pense, cherchent à déjouer cette incommunicabilité fondamentale, peut-être de façon involontaire. Les mots d’un personnage ont une répercussion sur l’autre. Il y a de la réverbération. C’est fait avec beaucoup d’humour, cela dit."

Tout ça prend aussi la forme d’une sorte d’installation-théâtre, un univers malléable dans lequel les acteurs manipulent les sons et les sources de lumière, bercé par l’environnement sonore atmosphérique et mélodieux de Philippe B, qui risque ici une première collaboration au théâtre. Intrigant.

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