Les Saisons : Entre ciel et terre
Scène

Les Saisons : Entre ciel et terre

Les Saisons, deuxième pièce de Sylvie Drapeau et Isabelle Vincent, mise en scène par Martine Beaulne, s’avère inconsistante.

Après Avaler la mer et les poissons, une pièce sur les rapports entre deux grandes amies, des "soeurs choisies" qu’elles ont jouées 130 fois, Sylvie Drapeau et Isabelle Vincent nous donnent Les Saisons. Cette fois, le tandem dépeint les relations entre quatre femmes liées par le sang, quatre soeurs en conflit avec leur père, un agriculteur pour le moins caractériel. Malheureusement, le drame familial est prévisible, sans aspérités, d’une banalité que la mise en scène de Martine Beaulne ne parvient pas à transcender.

À vrai dire, le huis clos coproduit par La Manufacture et Espace Go n’est pas loin d’ennuyer. Quatre soeurs, de retour dans la ferme de leur enfance pour célébrer les 80 ans du père, constatent que leur mère est mystérieusement absente. Le père laissera d’abord croire à un voyage inopiné – ce séjour en Europe dont son épouse rêvait depuis si longtemps -, puis finira, après force grognements, par révéler son secret.

Prisonnières, à cause de la tempête de neige qui fait rage, de cette maison qui les a vues naître, les quatre femmes vont peu à peu se révéler, baisser l’armure, dévoiler leurs blessures. Chacune aura son audience auprès du père, et surtout, la chance de jouer le rôle de sa mère dans une scène fantomatique; un procédé qui a l’avantage de nous sortir du réalisme mais qui devient vite redondant.

Quelque chose sonne faux dans ce spectacle qui devrait pourtant nous donner accès à une dose massive d’authenticité. Les rapports entre la ville et la campagne, le conflit entre les générations et les modes de vie, la faillite du couple… toutes ces questions sont au coeur de l’oeuvre, mais jamais abordées de front, jamais de manière éclairante. D’autre part, le spectacle, du moins dans son état actuel, est statique, tire maladroitement profit de l’espace, manque de rythme, d’huile dans les rouages. De ce côté, il est vrai, la situation ne peut que s’améliorer au fil des représentations.

Dans ce théâtre d’acteurs, où de surcroît le texte offre bien peu à se mettre sous la dent, on se serait attendu à des interprétations plus convaincantes. Isabelle Vincent, Annick Bergeron, Micheline Bernard et Sophie Cadieux sont souvent trop dramatiques, ou alors un brin caricaturales. Le ton juste reste à trouver. Pierre Collin ne fait pas dans la demi-mesure, mais il est tout de même fort crédible dans le rôle du paternel bourru, un homme si attaché à sa terre qu’il a développé une paralysante méfiance envers le reste de la planète.